L'idée est audacieuse: un train capable à la fois de rouler sur les voies du chemin de fer et sur celles du tram, qui partirait de Coppet, traverserait Genève et rejoindrait Annemasse, puis Evian. Objectif: résoudre un vieux problème genevois, celui de l'éloignement entre les deux rives et, plus largement, l'absence de lien ferroviaire direct avec la France voisine.

Principale qualité du projet aux yeux de ses concepteurs: le train ne nécessiterait que de faibles travaux d'infrastructure, parmi lesquels pourrait figurer la mise en place d'une ligne supplémentaire de tram sur le pont du Mont-Blanc (voir encadré). Entre Coppet et Genève, la troisième ligne CFF nécessaire à l'option est en cours de construction.

Au Département genevois des transports, cette solution fait partie de celles qui sont envisagées. Au point que le gouvernement partira en février en excursion à Karlsruhe, en Allemagne, où existe un projet similaire: «Pour convaincre, la meilleure solution est de montrer que ça fonctionne», explique Philippe Gauderon, responsable du trafic régional aux CFF. La compagnie figure parmi les partenaires du projet, aux côtés de son homologue française et des Transports publics genevois. La SNCF a d'ailleurs été mandatée par le Comité régional franco-genevois pour livrer une étude comparative sur les différents moyens de relier les deux régions. Le délai pour la remise du rapport est fixé au 20 mars, précise Jean-Pierre Scarpellini, directeur délégué pour le pôle Alpes.

Tant Gérard Ramseyer que le secrétaire adjoint chargé des transports et de la circulation, Philippe Matthey, restent très discrets sur le projet. Au même titre que le directeur des Transports publics genevois, Christoph Stucki, qui se borne à confirmer qu'il est partie au projet. Comme raison de ce silence, tous invoquent le rapport que le Département des transports présentera au plus tard en mars au Grand Conseil. Il y sera question des grandes lignes de la politique des transports et des solutions possibles pour atteindre les deux buts que se fixe Gérard Ramseyer: l'ouverture de Genève sur les grandes lignes européennes d'une part – avec la ligne du Haut-Bugey – et la réalisation de la ceinture ferroviaire entre le canton de Vaud et la France d'autre part.

Parmi les autres projets dont il sera également question dans ce prochain rapport figure le tunnel La Praille-Eaux-Vives, que les députés genevois ont récemment ressuscité (lire ci-contre). On y trouvera aussi le métro léger, projet de tram accéléré reliant les Eaux-Vives à Annemasse. Un projet que Philippe Gauderon trouve inadapté à la situation genevoise: «Pour amortir les investissements que représente un tel projet, il faudrait un bassin d'au moins un million d'usagers potentiels.»

Le chef du Département des transports, Gérard Ramseyer, appelle «mal genevois» ce phénomène qui veut que «chaque fois qu'un projet est sur le point d'aboutir, il échoue», pour cause d'absence de volonté politique. Mais, cette fois-ci, il est plus optimiste: «Un consensus existe autour de la nécessité de trouver une solution pour relier les deux rives.» Et, sur la base de son rapport, il compte bien «concrétiser», comme il le répète à l'envi, «un tram qui roule valant mieux qu'un tram dont on cause».