Inventions anxiogènes (7/8)

Quand le train était jugé mauvais pour les yeux et les femmes enceintes

Lorsque le chemin de fer est apparu au XIXe siècle, des rapports prétendument scientifiques faisaient état de risques de sidérodromophobie aiguë

Avec l’invention du chemin de fer est née la sidérodromophobie. La peur de prendre le train. «L’idée d’un voyage en train est la cause d’un état de panique général», résume le psychanalyste français Alain Héril dans un article publié sur le site Doctissimo.fr. La naissance du transport par rail accompagne l’histoire de la révolution industrielle. Il s’agissait de remplacer la lente et lourde traction hippomobile par des machines circulant à la vapeur. Les premières lignes furent mises en service durant le premier tiers du XIXe siècle. L’apparition des machines de fer s’est accompagnée de nombreux fantasmes liés à la vitesse et aux maladies que l’on risquait de contracter si l’on montait à bord d’un véhicule tracté par une locomotive.

Dans un chapitre de L’apocalypse joyeuse, une histoire du risque technologique, publié en 2012, Jean-Baptiste Fressoz a passé en revue ces craintes et fantasmes. Il qualifie la peur du train de «symbole apocryphe du refus du progrès». Comme d’autres auteurs, il évoque un rapport de 1835 attribué à une prétendue Académie de médecine de Lyon, institution dont il affirme qu’elle «n’existe pas». Ce mémoire, dont il doute de la véracité, disait: «La translation trop rapide d’un climat à un autre produira sur les voies respiratoires un effet mortel. L’anxiété des périls constamment courus tiendra les voyageurs dans une perpétuelle alerte et sera le prodrome d’affections cérébrales. Pour une femme enceinte, tout voyage entraînera infailliblement une fausse couche avec toutes ses conséquences.» Ces risques d’atteintes à la rétine, de troubles respiratoires et de fausses couches ont été évoqués dans d’autres publications.