«Ce n’est pas tout à fait le semi-confinement du mois de mars, mais ça y ressemble beaucoup.» Devant la presse, Christophe Darbellay, le président du Conseil d’Etat valaisan, résume, ce mercredi, les nouvelles mesures prises par son canton pour tenter d’endiguer la pandémie de Covid-19. Le tour de vis est drastique. Et pour cause: le Valais est désormais le canton le plus touché de Suisse et il fait partie des 15 régions les plus touchées d’Europe.

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Fermeture complète des discothèques, des cinémas, des théâtres, des bains thermaux ou encore des fitness; les cafés et restaurants devront eux tirer le rideau à 22 heures; interdiction des sports de contact, comme le football ou le hockey; matchs à huis clos pour les équipes professionnelles à l’image du FC Sion; interdiction des rassemblements de plus de dix personnes dans l’espace public et privé; port du masque obligatoire en permanence dans les lieux de travail clos. En résumé, «toutes les activités qui font le sel de la vie», pour reprendre les mots de Christophe Darbellay, sont réduites ou suspendues dès ce jeudi, «pour une durée aussi longue que nécessaire, mais au plus tard jusqu’au 30 novembre».

Mesures «fortes», mais «indispensables»

En édictant ces mesures, le Valais est devenu le canton le plus strict de Suisse, lui qui, durant de nombreux mois, a été moins sévère que ses voisins. Elles sont «fortes», mais elles sont «indispensables». «La dynamique diabolique doit être endiguée maintenant. C’est seulement ensemble que nous pourrons battre cette épidémie», insiste Christophe Darbellay. Le ministre précise que les mesures ont également été réfléchies pour préserver l’activité économique et l’emploi, mais aussi afin de sauver la saison hivernale qui s’annonce pour un canton qui vit majoritairement du tourisme. Tout au long de la conférence de presse, il ne cesse de répéter ses appels à la responsabilité de toute la population: «Le plus important, c’est le comportement de chacun, sinon c’est l’épidémie qui gagne.»

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La propagation du coronavirus explose en Valais. Alors que 136 nouveaux cas avaient été diagnostiqués lors de la dernière semaine de septembre, ce chiffre est passé à près de 2000 la semaine dernière. Le Valais dénombre chaque jour près de 400 cas supplémentaires, contre une centaine lors du pic de la pandémie au printemps. «Nous sommes surpris par la vitesse de progression de la deuxième vague. Nous ne pouvons expliquer cette explosion», indique Esther Waeber-Kalbermaten, la conseillère d’Etat chargée de la Santé.

Des manifestations comme super-propagateurs?

Le Caprices Festival, qui s’est déroulé fin septembre, a-t-il pu être un super-propagateur? Les élections communales du week-end passé, lors desquelles les gestes barrières n’ont pas été respectés à la lettre, ont-elles joué un rôle? «On ne peut en aucun cas attribuer la responsabilité du départ d’une deuxième vague à une manifestation plutôt qu’à une autre. Il n’y a aucun élément qui démontre qu’il existe un foyer spécifique», rétorque Frédéric Favre, le chef du Département de la sécurité, des institutions et du sport.

Une chose est sûre, en revanche, les chiffres vont continuer leur ascension dans les jours à venir, car, rappellent les trois ministres, «il faut deux semaines pour que les mesures décidées aujourd’hui déploient leurs effets». Ce qui les préoccupe particulièrement, c’est «l’augmentation inquiétante des hospitalisations». Ce mardi, 88 personnes étaient soignées dans les différents centres hospitaliers du canton en raison du Covid-19, dont huit aux soins intensifs.

L’Hôpital du Valais se prépare au pire

Ce chiffre devrait exploser dans les semaines à venir, car les effets d’une augmentation des cas sur celle des hospitalisations se font avec un décalage, comme le rappelle Esther Waeber-Kalbermatten: «Les prises en charge à l’hôpital interviennent, généralement, près de quinze jours après les premiers symptômes. La rapide augmentation des cas constatée en Valais la semaine dernière n’a donc pas encore déployé son effet sur les hospitalisations.»

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L’Hôpital du Valais se prépare donc au pire. Il a déjà commencé à libérer des lits pour les «patients covid» et pourrait rapidement décider de repousser les opérations électives pour se concentrer sur les urgences. «La situation est actuellement très tendue, car l’augmentation des hospitalisations est rapide. A l’avenir, tout est possible, mais, selon moi, l’annulation des opérations électives deviendra probablement une réalité», reconnaît Esther Waeber-Kalbermatten, qui lance toute de même un message d’espoir: «Si l’on dépasse cette deuxième vague, on peut s’attendre ensuite à une vie normale, sans masque, comme cela se déroule actuellement en Chine, dans la province de Wuhan.»