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Le tram d’Annemasse risque la panne

Un versement genevois de 30 millions d’euros pour le chantier tarde à être réalisé. Les élus français menacent de traquer les faux résidents suisses et de les taxer

Le tram d’Annemasse risque la panne

Haute-Savoie Un versement genevois de 30 millions d’euros pour le chantier tarde à être réalisé. Les élus français menacent de traquer les faux résidents suisses et de les taxer

Le projet de prolongement de la ligne 12 vers Annemasse pourrait connaître un arrêt si Genève ne débloque pas rapidement les 30 millions d’euros (36 millions de francs) qu’il s’est engagé à verser. «Nous n’attendons plus que cela car le reste du montage financier, soit 70 millions d’euros, est assuré» explique Christian Dupessey, le maire d’Annemasse. L’édile poursuit: «L’Etat français, la Région Rhône-Alpes, Annemasse Agglo et la Confédération helvétique, à hauteur de 20 millions d’euros pour cette dernière, ont respecté leur engagement, le canton doit suivre.»

Les 95% des acquisitions foncières ont été effectuées sur la longueur du tracé (3,5 km de la douane de Moillesulaz au quartier du Perrier) qui doit être achevé en 2018. Christian Dupessey rappelle que les 30 millions d’euros sont ponctionnés sur l’enveloppe totale de 240 millions d’euros (290 millions de francs) ventilés sur 10 ans au titre de la contribution genevoise aux grands projets transfrontaliers.

La santé des finances du canton n’étant pas des plus solides, les élus haut-savoyards redoutent un report du versement qui pourrait à terme condamner le projet. «Tout retard signifie un surcoût, on ne sait pas qui pourra mettre au bout», commente le maire. Son autre crainte est de voir se reproduire le scénario du référendum du printemps dernier, lorsque les Genevois ont rejeté le cofinancement (3,5 millions de francs) des parkings-relais français.

A cet égard, Eric Stauffer, président d’honneur du Mouvement Citoyens genevois, est clair: «Si le parlement vote ces 30 millions d’euros, nous nous tournerons vers le peuple en lui rappelant que Genève n’a même plus les moyens de rénover ses écoles. Nous avons déjà payé le CEVA, qui va jusqu’à Annemasse. Cette ligne de tram n’est qu’un doublon. Que veut de plus le maire? Un héliport pour transporter ses frontaliers?»

De son côté, François Longchamp, le président du Conseil d’Etat, indique que le financement du tram d’Annemasse n’entre pas dans le cadre de la contribution genevoise et qu’aucun projet de loi n’a pour l’instant été déposé à cet effet. «Nous rencontrons de sérieux problèmes de lisibilité. Une réunion en septembre des instances de coopération devrait contribuer à en lever certains», dit-il.

Quelles alternatives?

Un haut fonctionnaire parle d’impasse depuis le vote populaire négatif sur les P+R. Gabriel Doublet, vice-président d’Annemasse Agglo, déclarait vendredi dernier au Dauphiné Libéré qu’il pourrait, si la situation ne se débloque pas, «comptabiliser les faux résidents genevois et en toucher les subsides afférents (environ 20 millions d’euros par an)», ce qui permettrait de commencer à achever le financement du tram 12. Décryptage: 20 000 à 30 000 Suisses vivraient «clandestinement» en France voisine car non déclarés. Un manque à gagner pour les communes, car chaque frontalier dûment enregistré rapporte 1000 euros par mois au titre des fonds frontaliers. Christian Dupessey confirme: «Nous avons les moyens techniques d’identifier ces personnes en consultant par exemple le registre des écoles, où les nationalités apparaissent. Les factures d’eau montrent aussi que des consommations annuelles sont plus proches de 11 mois que 3 comme dans les résidences secondaires.»

Le maire ne souhaite pas en arriver là mais n’exclut pas d’y recourir. Peu dans la nuance, Eric Stauffer bondit: «Ce type de méthode rappelle la pratique des rafles à une certaine époque en France!»

Les élus annemassiens pourraient aussi demander au Conseil général de Haute-Savoie d’augmenter les parts des fonds frontaliers consacrés au tramway. Un geste qui serait salué par Genève mais pas par une grande partie de la Haute-Savoie, qui estime qu’Annemasse, avec son futur CEVA, est déjà bien dotée.

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