La pénible approbation des comptes 2002 de l'Etat de Genève par le Grand Conseil à fin juin était révélatrice d'un malaise évident. Des comptes que plusieurs jugent illisibles en raison d'une politique de provisionnement à géométrie variable tributaire d'intérêts politiques immédiats et qui n'obéissent à aucune règle précise. Si le débat n'est pas nouveau, il est beaucoup plus vif aujourd'hui. Et pour cause. Le ralentissement de la conjoncture et le recul des recettes fiscales ne font qu'accentuer la pression pour que les états financiers du canton soient les plus transparents possibles et permettent d'émettre des signaux d'alarme à temps.

Par ailleurs, le budget 2003, élaboré par la patronne des Finances de l'époque, Micheline Calmy-Rey, puis adopté peu après l'élection de la ministre socialiste au Conseil fédéral en décembre 2002, semble illustrer l'utilisation politique qu'il est possible de faire des provisions pour masquer certaines réalités. Au point qu'il a été question, en début d'année, de réviser ce budget clairement à la baisse. Les députés ne pouvant revoter un budget déjà approuvé, c'est finalement une «invitation» à la non-dépense qui a été formulée à l'intention du Conseil d'Etat. Quoi qu'il en soit, les réalités semblent devoir rattraper le canton de Genève. Car non seulement les comptes 2003 promettent de mauvaises surprises, mais le budget pour l'an prochain devra intégrer une détérioration de la marge de manœuvre de l'Etat en raison d'un niveau relativement bas de provisions, en grande partie dissoutes dans l'exercice 2002.

En matière de provisionnement pourtant, les tristes exemples des banques cantonales vaudoises et genevoises, qui ont «sous-provisionné» de manière criante, devraient appeler à la prudence. D'autant qu'à Genève, la transition du système fiscal praenumerando au postnumerando génère des incertitudes importantes quant aux réelles recettes issues de l'impôt. Si le canton du bout du Léman doit davantage se prémunir contre les retours de conjoncture en raison d'une fiscalité très réactive aussi bien vers le haut que vers le bas, les experts s'accordent pour exiger des comptes d'Etat dont la présentation est de nature avant tout économique et non pas politique. Cette exigence, qui devrait permettre à l'administration de pouvoir suivre un chemin mieux balisé dans la gestion des finances, mais aussi au citoyen de mieux lire l'action gouvernementale, s'inscrit de toute évidence dans une vision à long terme. Dès lors, les démarches initiées par la conseillère d'Etat libérale Martine Brunschwig Graf semblent aller dans le bon sens.