Le risque de corruption passive au sein des brigades des stupéfiants existe. Aucun haut fonctionnaire de police ne le nie. Il est d'autant plus grand que la brigade comporte de faibles effectifs facilement repérés par le milieu de la drogue et les réseaux que la police doit mettre en confiance puis infiltrer pour obtenir des résultats tangibles.

La brigade des stupéfiants de Fribourg, avec une dizaine d'inspecteurs, apparaît donc nettement plus exposée que celle de Genève, forte de 27 personnes, ou de Vaud qui a dû réduire ses effectifs de 21 à 15.

L'une des méthodes pour éviter les tentatives de prise d'influence des indicateurs sur les policiers consiste à effectuer une rotation régulière du personnel. Elle est pratiquée dans certains cantons, principalement pour les jeunes recrues. L'un des gradés de la police fribourgeoise reconnaît que «c'est une question à étudier», laissant entendre par là que le risque d'infiltration de la police par le milieu de la drogue n'a pas fait l'objet d'une analyse précise et fouillée en terre fribourgeoise.

Le système de rotation des inspecteurs a aussi ses détracteurs. «Vous perdez ainsi la mémoire de la police et prenez le risque de piétiner sur certaines enquêtes, explique un haut fonctionnaire de police d'un canton lémanique. Mais je reconnais qu'il y a parfois des moments difficiles lors de contacts avec des informateurs qui ont tendance à vouloir se servir de nous.» Genève a ainsi choisi de jouer la carte de la transparence entre justice et police. Cette dernière dispose certes d'une carte blanche durant vingt-quatre heures mais elle doit sans délai demander l'autorisation de l'appareil judiciaire en cas d'achat de drogue simulé ou de tentative d'infiltration d'un réseau.

Pour la plupart des responsables de police, la meilleure prévention contre la corruption réside dans l'observation attentive des policiers et un dialogue permanent avec eux. «Ce sont des hommes comme tout le monde. Ils deviennent fragiles lorsqu'ils ont par exemple des difficultés familiales. Il faut donc bien les connaître, être spécialement attentifs dans ces moments-là, et les entourer.»

W. B.