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Transports publics: l'AG est sous pression

Un document interne à la branche laisse entrevoir une forte hausse de 10% en 2021. C'est un scénario parmi d'autres. Il repose sur le constat que le prix de l'AG est jugé trop bas par certains opérateurs

L'abonnement général est ce qu'on appelle une «success story». A fin 2018, plus de 490 000 usagers étaient titulaire d'un tel titre de transport, ce qui représente une progression de 2,1% par rapport à l'année précédente. Et cela évolue ainsi depuis son introduction. Ce sésame permet à celui qui le possède de voyager sur l'ensemble du réseau des transports publics suisses sans avoir à se soucier d'acquérir un billet. Ne font exception que quelques liaisons à vocation principalement touristique, notamment des transports à câble.

Le problème, c'est que le tarif de l'abonnement général a un apport par kilomètre beaucoup plus bas que les autres titres de transport. Il correspond à 13,8 centimes pour une carte de deuxième classe et à 19,2 centimes en première classe. Pour de nombreuses entreprises de transport et communautés tarifaires, il ne rapporte pas assez d'argent. Les utilisateurs sont d'un autre avis, les dernières adaptations tarifaires les ont fait hurler. Ils savent qu'ils peuvent compter sur la vigilance du Surveillant des prix, qui garde un oeil critique sur les prix des transports publics et dispose d'un droit de négociation avec la branche. Il a souvent pu faire barrage aux renchérissements qu'il jugeait excessifs.

En mars 2019: Bénéficiaires et critiqués, les CFF cassent les prix

76% de plus depuis 1990

Le prix de l'AG n'a pas changé depuis 2016. Il est de 3860 francs en seconde classe et de 6300 francs en première. Jusqu'à quand? Le magazine Beobachter a publié mercredi des extraits d'un rapport interne confidentiel de la branche qui laisse entrevoir de nouvelles adaptations. Selon ce document, l'AG pourrait renchérir de 10% en 2021 et grimper ainsi à 4250 francs en deuxième et à près de 7000 francs en première. Ce rapport interne indique que le tarif de l'AG a progressé de 76% depuis 1990 alors que le renchérissement économique n'a été que de 31% durant cette période.

Cette annonce a déclenché un séisme dans le pays. Il est d'autant plus fort que certaines prestations pourraient carrément passer à la trappe: les cartes journalières des communes pourraient disparaître, l'abonnement général jeunes et étudiants aussi, tout comme la possibilité de déposer son AG pendant trente jours. L'organisation faîtière de la branche compétente pour les questions tarifaires, ch-direct, a été obligée de réagir par un communiqué de presse. «Aucun changement majeur n'est planifié à court et moyen terme pour l'AG. A long terme, l'AG doit être davantage ciblé sur ceux qui voyagent beaucoup. Une hausse de prix modérée pourrait être une solution permettant de baisser les tarifs pour d'autres produits et offres et ainsi attirer de nouveaux clients vers les transports publics. Une telle mesure devrait d'abord être examinée en détail et discutée avec différents partenaires, également politiques. De plus, il faudrait proposer une autre solution aux clients dont la demande en mobilité est moyenne», écrit le porte-parole de ch-direct, qui souligne qu'«aucune décision n'a été prise».

En mars 2018: La concurrence fait pression sur les prix des CFF

Plutôt des baisses de prix

Les CFF ont également réagi. Ils souhaitent «maintenir des prix stables, voire les baisser si possible». C'est ce que leur patron Andreas Meyer clame depuis plusieurs années. Ils rappellent qu'ils ont déjà pris des mesures en 2018 et 2019: ils ont augmenté le nombre de billets dégriffés offrant des réductions jusqu'à 70% selon les heures et proposé des bons de réduction ou de surclassement aux titulaires d'un abonnement demi-tarif ou d'un abonnement de parcours. Ceux qui possèdent un AG n'ont que très marginalement profité de cette offre: ils ne devront plus débourser 10 francs lorsqu'ils déposent temporairement leur carte nationale e transport.

Les CFF expliquent que le document de travail rendu public par Beobachter se contente de décrire différents scénarios visant à «rendre les transports publics plus simples, attractifs et aussi bon marché que possible pour les clients.» Le débat ne fait que commencer. La Commission des transports du Conseil national doit en parler la semaine prochaine. Et Monsieur Prix est plus que jamais à l'affût.

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