Transports

Transports publics: utiliser les bénéfices pour innover

L’Union des transports publics estime que les entreprises concessionnaires devraient être autorisées à réaliser des gains afin de mieux promouvoir les innovations

L’Union des transports publics (UTP) est ravie que les CFF et le BLS aient enterré la hache de guerre et mis ainsi un terme aux velléités de l’administration fédérale d’ouvrir le trafic grandes lignes à la concurrence. Ce problème réglé, place à la concurrence des idées et à l’innovation. C’est sur ce terrain-là que les opérateurs doivent se démarquer les uns des autres, postule l’UTP dans une «Prise de position sur une régulation des transports publics axée sur l’avenir» publiée lundi.

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Les entreprises ne manquent pas d’idées. Les Transports publics fribourgeois (TPF) et lucernois se sont associés pour mettre au point l’application Fairtiq. Le BLS a présenté son propre système pour smartphone, Lezzgo. Les Transports publics genevois (TPG) et Bernmobil ont mis en circulation des bus électriques sans ligne de contact. CarPostal et d’autres opérateurs ont acquis et testé la technologie des bus électriques sans conducteur. La Südostbahn (SOB) souhaite expérimenter des trains autonomes. Les entreprises de transport de Suisse centrale et orientale ont créé une banque de données commune nommée ÖV-LIVE dans le but de transformer la mobilité en une offre globale de services (Mobility as a Service, MaaS). Les CFF préparent une application de mobilité intermodale avec la start-up lucernoise Axon Vibe.

Le «mauvais service» rendu par CarPostal

Pour innover, il faut toutefois de l’argent. Or, la législation fixe des limites. La loi sur les subventions et la loi sur le transport des voyageurs interdisent aux entreprises recevant des indemnités pour le trafic régional de réaliser des bénéfices. Cette restriction est au cœur de l’affaire CarPostal, qui, au lieu de rembourser les subventions perçues en trop, les a discrètement affectées à d’autres tâches. Une enquête a été ouverte par la police fédérale; or, il n’est pas exclu qu’elle constate qu’une partie de ces bénéfices ont été utilisés pour financer certaines innovations.

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La revendication de l’UTP a pour but d’inciter les acteurs de la branche à mener des expériences et à en faire profiter les autres lorsqu’elles sont concluantes, cela dans un esprit de coopération. Indépendamment de l’instruction en cours à propos de CarPostal, l’UTP estime que la législation doit être corrigée. «Cette affaire a rendu un mauvais service à notre branche. Néanmoins, nous demandons une plus grande marge de manœuvre entrepreneuriale. Les entreprises doivent disposer de ressources librement utilisables, en quantité limitée, pour encourager les innovations», plaide le président de l’UTP, Norbert Schmassmann. «Il y a aujourd’hui contradiction entre les grandes attentes de la politique, qui demande à la branche d’être innovante, et les mécanismes de contrôle qui empêchent de recevoir les ressources nécessaires», complète le directeur, Ueli Stückelberger. La réforme en cours du trafic régional voyageurs devrait apporter des réponses à cette contradiction, estime l’UTP.

Taxe sur l’essence et les billets d’avion

L’heure étant à la protection du climat, la prise de position de la faîtière des transports publics pose aussi ses revendications dans ce domaine. «Et pas seulement parce qu’il y a Greta Thunberg», souligne Ueli Stückelberger. Le train est le mode de déplacement le plus écologique et les bus électriques de nouvelle génération gagnent du terrain. Sur ce plan, l’UTP estime que la Confédération devrait prendre en charge temporairement, au titre de financement initial, une partie des surcoûts dus au remplacement de bus diesel par des véhicules écologiques.

Afin de rendre les transports publics plus compétitifs, l’UTP réclame une taxe CO2 sur les carburants et sur les billets d’avion. De tels projets sont en discussion au parlement. S’agissant des carburants, la révision de la loi sur le CO2 prévoit une hausse du prix du litre d’essence et de diesel de 10 à 12 centimes comme compensation pour l’importation de voitures émettant davantage de CO2 que les normes légales. L’UTP demande d’aller plus loin: elle veut une véritable taxe. Mais le débat politique s’annonce difficile, car les régions périphériques, moins bien desservies par les transports publics, seraient pénalisées.

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