Insertion professionnelle

Le travail plutôt que l’aide sociale: la solution vaudoise

Grâce à une stratégie commune combinant les offices régionaux de placement et les assistants sociaux, Lausanne affiche 9,2% de retours en emploi supplémentaire. Le dispositif sera étendu au canton

Dans un livre d’entretiens qui sort ces jours, Le Pari du possible, le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard livre sa vision de l’action politique: une succession de petits pas pour une multitude de résultats concrets. Lundi à Lausanne, il a éprouvé sa théorie par un exercice pratique: remettre au travail davantage de bénéficiaires de l’aide sociale. Le résultat est concluant: 9,2% de retours en emploi supplémentaire parmi les personnes prises en charge par ce nouveau dispositif.

Du bon sens

Lancé en février 2015 pour deux ans, ce projet pilote a été mené conjointement par le canton et la Ville de Lausanne. A la manœuvre, on trouve des professeurs de l’Institut de hautes études en administration publique (Idheap) et de l’Université de Lausanne. Ils ont comparé l’évolution de 1200 personnes prises en charge par ce dispositif inédit à celle de gens encadrés de manière ordinaire.

Vaud aurait-il trouvé la martingale pour permettre de sortir de la trappe de l’aide sociale? «Nous avons testé un modèle qui relève certainement du bon sens, répond le ministre socialiste. Faire travailler ensemble des collaborateurs concernés par une même situation, pour davantage de cohérence et de synergies.» Réunir les offices régionaux de placement (ORP) et les centres sociaux régionaux (CSR), voilà qui semblait en effet de nature à améliorer l’insertion professionnelle des bénéficiaires à l’aide sociale. Cette approche globale leur permettant d’être considérés comme des demandeurs d’emploi tout en bénéficiant de mesures d’insertion sociale.

Encadrement renforcé

Encore fallait-il réussir à mixer les compétences et les outils «de deux animaux différents, le conseiller en placement et l’assistant social», plaisante Giuliano Bonoli, professeur à l’Idheap: «Si c’est une réussite, c’est que les conseillers ORP avaient moins de dossiers, étaient épaulés, s’engageaient davantage en proposant des postes plus adaptés.»

Moyennant un suivi plus intensif que celui prévu dans le dispositif ordinaire et un taux d’encadrement renforcé des personnes concernées. Il faut ajouter que celles-ci sont des nouveaux bénéficiaires du revenu d’insertion, aptes à travailler et exerçant une activité professionnelle jusqu’à 50%. «Et lorsqu’on est dans cette unité commune, on doit chercher du travail», complète Pierre-Yves Maillard.

Impact financier

L’expérience a aussi de quoi enthousiasmer le PLR Philippe Leuba, conseiller d’Etat à la tête du Département de l’économie, qui se félicite aussi d’un recul du chômage à 4,2% cette fin de mois: «Nous allons poursuivre ce dispositif pour parvenir à un impact financier. C’est un objectif secondaire, mais un objectif tout de même.»

Pour le moment en effet, si l’opération est humainement très positive, elle est neutre financièrement: le coût des nouvelles forces d’encadrement couvre ce que l’Etat économise avec ce surcroît de remises en emploi. Mais Pierre-Yves Maillard espère tout de même 2, voire 3% d’économies à terme, grâce notamment à une simplification administrative. «Sur un budget de 400 millions de francs, ce n’est pas rien», rappelle le ministre.

En conséquence, le projet pilote va essaimer. «Lausanne va étendre à la fin de l’été prochain ce système à tous les bénéficiaires, soit 1600 personnes», a indiqué le conseiller municipal Oscar Tosato. Pour ce faire, de nouveaux locaux accueilleront 42 postes. Et en 2019, ce système sera généralisé au canton, en commençant par Yverdon. D’autres cantons pourraient lui emboîter le pas, le petit pas, si cher à Pierre-Yves Maillard.

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