Les Suisses sont champions du temps partiel. Plus spécialement les femmes, lorsqu’elles fondent une famille. Mais il y a des conséquences qui peuvent être douloureuses lorsqu’arrive l’âge de la retraite. C’est ce que démontre une étude présentée jeudi à Berne par les professeurs Giuliano Bonoli et Eric Crettaz, mandatés par le Conférence suisse des délégués à l’Egalité (CSDE). Pour être certain de pouvoir bénéficier d’une rente se situant au-dessus du minimum vital, il faudrait assurer un taux d’activité de 70% tout au long de sa vie active.

Les deux spécialistes ont pris en considération la législation en vigueur au 1er janvier 2015, appliquées à des individus nés en 1987. L’étude simule la rente qu’ils toucheront en 2052, soit à l’âge de la retraite, en fonction de leur niveau de formation, de leur temps de travail et de leur statut familial à différentes périodes de leur vie. En règle générale, les couples simulés atteignent tous le minimum vital à l’âge de la retraite, car l’épouse, même si elle interrompt ou réduit son activité professionnelle après son mariage, peut s’appuyer sur l’apport de son époux.

D’un point de vue égalitaire, il est cependant intéressant de constater qu’un couple avec deux enfants, travaillant tous les deux à près de 70% pour se partager les tâches et touchant le même revenu, est plus avantagé à l’heure de la retraite qu’un couple traditionnel. A revenus et volumes de travail égaux, sa rente sera supérieure à celle du couple qui a fait le choix classique que seule l’épouse réduirait son taux de travail.

Impact important du divorce

Mais l’étude note surtout à quel point l’impact d’un divorce peut être important. Exemple concret et relativement courant de ce qui peut se passer pour une vendeuse en pharmacie. Jeune adulte, elle travaille à 100% pour un salaire de 3300 francs. Elle se marie à 26 ans et baisse son taux d’activité à 80%. Au premier enfant, elle le baisse à 50% et au deuxième enfant, elle ne travaille plus qu’à 20%. A 44 ans, elle divorce et remonte progressivement son taux d’activité à 60 puis à 80%. A l’âge de la retraite, cette femme entre dès lors dans la catégorie des personnes n’atteignant pas le minimum vital. Elle devra faire appel à des prestations complémentaires alors que finalement, elle n’a jamais cessé de travailler. Son ex-mari par contre, dont le revenu a constamment augmenté durant sa carrière, touchera plus de 4000 francs à la retraite.

Nicole Baur, membre du comité de la CSDE ajoute «que les chiffres qui ont été retenus peuvent être qualifiés d’optimistes». Et elle rappelle que le minimum vital est loin d’assurer une vie confortable en Suisse. Il varie selon les cantons mais l’étude a pris en considération celui de Berne, soit 3135 francs suisses pour une personne et 4517 francs pour un couple.

Série de recommandations

Fort de ces constats, les délégués à l’égalité formulent toute une série de recommandations pour éviter que les temps partiels aient des effets néfastes sur la prévoyance vieillesse et par ricochet sur les prestations sociales. La CSDE demande notamment aux entreprises de veiller à l’égalité salariale, d’éviter les faibles taux d’activité et de renforcer la flexibilité à tous les niveaux de la hiérarchie, pour les hommes comme pour les femmes. Elle souhaite que les autorités intensifient le financement de structures de jour extra-familiales, abordables et flexibles. Elle se prononce en faveur de la pleine déduction fiscale des frais de garde ainsi que de l’introduction de l’imposition individuelle afin de réduire les incitations négatives à l’activité professionnelles des femmes. Les citoyens devraient également recevoir chaque année une fiche indiquant sa rente vieillesse prévisible.

«En fait, chaque personne devrait se préoccuper de sa future rente tout au long de sa carrière. De leur côté, employeurs et institutions devraient aussi faire preuve de davantage de transparence et de pédagogie pour que les futurs bénéficiaires comprennent bien les enjeux de leurs choix», estime Sylvie Durrer, directrice du Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes.