Arnaud Bouverat, secrétaire central de la Jeunesse socialiste suisse (JS), est amer. Lui qui a distribué lundi soir des sachets de tisane aux parlementaires qui sortaient du Palais fédéral et qui a confectionné toute la nuit – avec une quinzaine de jeunes – des petits oreillers pour souligner que le sommeil des députés ne sera pas troublé par la modification de l'âge de protection dans la loi sur le travail, le voilà face à ce qu'il craignait: mardi, le Conseil des Etats a accepté, par 27 voix contre 8, d'abaisser à 18 ans l'âge de protection dans ladite loi, alignant ainsi la Suisse sur le droit européen. Le National devra encore se prononcer.

Pour Arnaud Bouverat, la droite ne fait par cette décision rien d'autre que «poursuivre main dans la main avec le patronat la flexibilisation des conditions de travail et s'attaquer sans vergogne à la jeunesse». «Le patronat lorgne sur toutes les possibilités de main-d'œuvre pas chère et profite de la fragilité des jeunes qui arrivent sur le marché du travail!», s'époumone-t-il. Et de mettre en avant les effets négatifs sur la santé des jeunes. Arnaud Bouverat admet ne pas connaître d'étude ciblée sur le travail de nuit des jeunes de cette tranche d'âge. «Mais les études traitant des incidences négatives du travail de nuit sur la santé sont nombreuses. Il suffit d'écouter les personnes qui font ce genre de travail pour se rendre compte que les conséquences sur les jeunes seront encore plus graves!»insiste-t-il.

Concrètement, l'abaissement de l'âge de protection se répercuterait surtout sur le travail de nuit, mais aussi sur le travail du dimanche, les heures supplémentaires ainsi que sur les travaux dits dangereux, comme la manipulation de produits chimiques. Actuellement, les jeunes de moins de 19 ans et les apprentis de moins de 20 ans n'ont pas le droit de travailler la nuit, le dimanche ou dans des conditions dangereuses. Sauf dérogation et seulement à condition que les travaux en question soient jugés «indispensables» à la formation professionnelle. Syndicats, mouvements de jeunesses, Eglises et certains cantons n'ont pas manqué d'exprimer leur grogne.

La gauche pas unanime

Mais au Conseil des Etats, même la gauche n'a pas uniformément contesté le principe. Seule une minorité socialiste, emmenée par Alain Berset (PS/FR), a tenté, en vain, d'aménager une protection spéciale pour les apprentis jusqu'à 20 ans. Défendant la position du Conseil fédéral, Joseph Deiss s'est voulu rassurant. «Si la situation d'apprentis de plus de 18 ans appelés à enchaîner travail de nuit et cours professionnels devait se concrétiser ou se généraliser, il existerait la possibilité d'y remédier en introduisant une règle dans l'ordonnance 1 relative à la loi sur le travail», a-t-il notamment insisté. Des propos qui devraient quelque peu rassurer Arnaud Bouverat.