Le Temps: Les communes vous accusent de vouloir tuer la police de proximité?

Pierre Aepli: Le travail de base des policiers ne changera pas. Ce que propose «Police 2000», c'est l'intégration d'une partie des policiers communaux dans les centres régionaux et locaux d'intervention. Mais ces hommes resteront dans leur région, qu'ils connaissent, et effectueront les mêmes interventions. Ils seront là pour mettre fin à une bringue familiale ou ramener le calme près d'un établissement public.

– Ou allez-vous loger les nouvelles unités d'intervention?

– A ce jour, tout n'est pas réglé. Nous devons discuter avec les communes, savoir si nous pourrions reprendre certains commissariats, ou à l'inverse installer leurs hommes dans nos gendarmeries. Les unités locales d'intervention resteront dans les villes.

– Aujourd'hui, l'organisateur d'un concert discute avec le commandant de la police locale des mesures de sécurité à prendre. Qui sera son interlocuteur à l'avenir?

– Le responsable de l'unité locale d'intervention, en liaison avec le chef régional. Tous deux appartiendront au même corps et pourront d'autant mieux collaborer s'il s'avère que des précautions importantes sont à prendre.

– En zones urbaines, les polices municipales se fixent un délai d'intervention de cinq minutes. La police intégrée y arrivera-t-elle?

– Pourquoi le délai s'allongerait-il alors que nous travaillerons, encore une fois, avec les mêmes hommes aux mêmes endroits. A mon tour de poser une question aux communes urbaines: si elles prévoient d'étendre leurs interventions à l'échelle d'un district, comment feront-elles pour respecter leurs délais?

– Certains vous soupçonnent de vouloir compléter vos effectifs sur le dos des polices municipales.

– C'est faux. Si nos agents étaient 831 en 1998, ils sont 886 au 1er janvier de cette année, soir une quinzaine de moins que l'effectif maximal. Notre but n'est pas de nous approprier des hommes, mais de mieux les utiliser et d'accroître leur efficacité.

– Comment?

– Par une communication plus directe, car tout ce qui relève de l'intervention se fera dans le même corps. Une police s'attaque plus efficacement à des violences urbaines si elle sait – parce qu'elle reçoit tous les rapports – que les mêmes éléments sont repérés à Morges, Vevey, Yverdon… La vue d'ensemble permet de ne pas se limiter à traiter cela comme un trouble local. Le passage de témoin entre la patrouille d'intervention et la brigade d'enquête sera aussi plus rapide. Enfin, la coordination du travail doit y gagner.

– La même efficacité n'aurait-elle pas été atteinte en donnant à de futures polices de district des compétences judiciaires?

– On s'est souvent posé la question, on a toujours dit non. On veut éviter le flou qu'il y aurait forcément entre deux corps distincts, lorsqu'il faudrait savoir où finit l'enquête locale et où commence l'enquête spécialisée. Ce serait la porte ouverte aux dérapages.