Travailleurs âgés, une force qui attire et divise

Marché de l’emploi Les partenaires sociaux veulent améliorer le sort des seniors

Les syndicats craignent l’échec d’une table ronde prévue lundi

Prévue lundi, la conférence nationale sur les travailleurs âgés menace de sombrer. Après plusieurs séances préparatoires, le patronat, les syndicats, les cantons et la Confédération sont loin d’un accord et se renvoient la copie.

Le syndicat Travail.Suisse ne se fait pas d’illusions. «Tout le monde veut améliorer l’employabilité des travailleurs âgés, mais il y a de fortes divergences sur les moyens d’y parvenir. Nous exigeons du concret, le patronat ne veut pas de nouvelles obligations et on a l’impression que Johann Schneider-Ammann demeure réservé au sujet de mesures plus précises», résume Bruno Weber-Gobet, de Travail.Suisse.

L’Union syndicale suisse (USS) espère pour sa part obtenir des résultats, même modestes. Il faut dire que cette conférence nationale a été organisée sur proposition de son président, le conseiller aux Etats Paul Rechsteiner (PS/SG). Son postulat a été accepté à une large majorité en septembre dernier. Au départ, le ministre Johann Schneider-Ammann n’en voyait pas l’utilité, mais il a fini par se ranger à l’idée face à l’intérêt des partenaires sociaux. Si le bateau tangue à quelques jours de la rencontre, c’est que les objectifs des uns et des autres sont loin d’être les mêmes.

L’OCDE place la Suisse dans le peloton de tête des pays industrialisés avec un taux d’emploi des 55-64 ans s’élevant à 70,5%, soit bien au-dessus de la moyenne des pays membres. Le taux de chômage des travailleurs âgés est également plus bas que la moyenne suisse. Mais le tableau n’est pas si rose. En 2013, les personnes âgées de plus de 50 ans formaient aussi plus de 41% de l’effectif des chômeurs de longue durée. Elles peinent à retrouver un emploi, à avoir accès à la formation continue. Leurs conditions de vie se dégradent, avec des répercussions sur leur rente vieillesse. Les femmes et les travailleurs les moins qualifiés sont les plus fragilisés.

Les syndicats exigent ainsi une meilleure protection de cette catégorie de travailleurs. Travail.Suisse se bat sur le terrain de la formation. L’USS veut une loi contre la discrimination à l’embauche, une protection contre les licenciements, une meilleure couverture sociale en cas de chômage. Samedi, le PS adoptera une résolution reprenant ces points.

Le patronat a un autre point de vue. Il s’intéresse plus sérieusement au potentiel des travailleurs âgés depuis l’acceptation de l’initiative «Contre l’immigration de masse» car il y voit un réservoir potentiel de main-d’œuvre. L’Union patronale suisse et economiesuisse ont présenté leurs propositions en début d’année. Il y est surtout question de sensibiliser les patrons et de proposer des programmes sur une base volontaire. «Nous avons des idées concrètes, mais nous refuserons toute nouvelle réglementation», annonce pour sa part Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’Union suisse des arts et métiers. L’USAM soutient notamment un renforcement de l’engagement financier de l’Etat dans la formation professionnelle supérieure. L’USAM demande l’allocation de 100 millions de francs de plus par année. En plus, elle plaide pour une amélioration de la validation des acquis. En revanche, elle demande aussi une amélioration des conditions-cadres pour l’économie et davantage de flexibilité sur le marché du travail, pour les employeurs comme pour les employés. En résumé, en contrepartie du renforcement de leur intégration, les travailleurs âgés doivent être plus ouverts à accepter une autre activité et à s’accommoder d’une perte de salaire.

Des positions irréconciliables. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) estime pourtant que la balle est dans le camp des partenaires sociaux. «En organisant cette table ronde, nous espérons répondre aux attentes des personnes ayant des difficultés à se réinsérer professionnellement, bien que la Suisse présente une bonne intégration des tranches plus âgées de la population sur le marché du travail. Mais nous ne pouvons pas agir seul. En Suisse, le marché du travail repose essentiellement sur le partenariat entre syndicats et patronat. Cette politique libérale donne de bons résultats et nous espérons qu’il en ira de même lundi», explique Maya Rolewicz, chargée de l’organisation de cette conférence nationale. Et de rappeler que beaucoup de choses sont déjà entreprises pour soutenir les travailleurs âgés. «Ce n’est pas simple car cela implique différents secteurs, soit la formation, le marché du travail, les assurances sociales. Et les compétences de la Confédération sont limitées, notamment lorsqu’il s’agit de formation. Nous sommes ouverts à toutes autres propositions, mais il faut trouver un juste milieu et une entente entre partenaires sociaux», estime-t-elle. Ce que le département attend de la conférence nationale? «Qu’on puisse aller de l’avant», conclut Maya Rolewicz.

«Nous refuserons toute nouvelle réglementation», prévient l’USAM