A la veille du 1er Mai, le syndicat Travail.Suisse durcit le ton dans le dossier de l’égalité entre femmes et hommes. En tête d’un long catalogue de 28 revendications, il prône l’établissement d’une liste noire des entreprises se refusant à tout contrôle des salaires.

Vice-président de Travail.Suisse, Jacques-André Maire ne le cache pas: «Oui, nous sommes en colère.» La goutte qui a fait déborder le vase, c’est la décision, le 28 février dernier, du Conseil des Etats de renvoyer en commission un projet somme toute relativement modéré de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Renonçant à une police des salaires et à toute sanction, la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP) se limitait à une analyse de la politique salariale des entreprises de plus de 50 employés et à un contrôle externe. Bien qu’encore édulcoré en commission, son projet, soutenu par le Conseil fédéral, n’a pas été approuvé par le Sénat.

Faire pression sur les entreprises

Sur le papier, tout le monde est pour l’égalité salariale, mais dans la réalité des faits, «rien ne bouge», déplore Travail.Suisse. La loi sur l’égalité existe depuis plus de vingt ans et son inefficacité à résoudre le problème a été plusieurs fois pointée du doigt, y compris par la Confédération. En moyenne, les femmes gagnent 19% de moins que les hommes. Si une partie de ce différentiel se justifie par certains critères, un écart de 7%, équivalant à 600 francs par mois, reste inexplicable. «C’est une discrimination», affirme Travail.Suisse, qui se désole que cette part inexpliquée ne diminue pas avec le temps. Vendredi 27 avril, lors de son assemblée des délégués, ce syndicat s’est donc prononcé en faveur de l’établissement d’une liste noire des entreprises récalcitrantes.

«Notre but est d’augmenter la pression sur les entreprises qui font preuve de mauvaise volonté», relève Jacques-André Maire. Dans un premier temps, le syndicat exige que toutes les entreprises se soumettent à un contrôle des salaires, puis qu’elles remédient à d’éventuelles inégalités. Si elles ne le font pas, elles s’exposeraient à des «sanctions pécuniaires progressives».

Le risque de dérives

Secrétaire général de la Fédération des entreprises romandes, Blaise Matthey se montre sceptique quant aux propositions de Travail.Suisse. «Celles-ci vont au-delà du cadre de l’égalité. Elles dénotent une volonté des syndicats d’influer sur la politique salariale des entreprises», note celui qui précise qu’il est un «ardent défenseur de l’égalité salariale».

Dans la méthode d’analyse retenue, le patronat regrette l’existence d’une controverse à propos des critères d’évaluation des salaires en cas d’interruption de carrière. «Dès lors, le danger d’une dérive est évident. On risque de clouer au pilori des entreprises sans fondement», avertit Blaise Matthey. Vice-président de l’association faîtière economiesuisse, Bernard Rüeger formule ses critiques plus crûment: «Il faut se garder d’un tel interventionnisme étatique. On n’est plus très loin du communisme!» Quant au président de l’USAM, Jean-François Rime, il n’entre pas non plus en matière: «De manière générale, nous souhaitons régler les problèmes dans le cadre du partenariat social. Nous sommes donc sceptiques quant à des mesures contraignantes figurant dans une loi.»

Cela dit, la question salariale n’est que la plus visible des revendications de Travail.Suisse, dont le document de travail comprend 28 revendications dans tous les domaines, allant de la fiscalité, où l’égalité passe par l’imposition individuelle, à un meilleur partage du travail, en passant par l’introduction de quotas dans les directions et les conseils d’administration. Le chemin de l’égalité est encore long.