GENÈVE

Les travaux du professeur Ragnar Rylander ne font pas l'unanimité

Procès en diffamation de deux militants de la lutte antitabac.

Un scientifique peut-il conduire des travaux résolument objectifs sur les dangers de la fumée passive alors que ses recherches sont financées par l'industrie du tabac? Deux fervents opposants au lobby des cigarettiers, accusés d'avoir diffamé le professeur Ragnar Rylander en le traitant de «fraudeur à la solde de Philip Morris», se proposent de démontrer que l'équation entre chèques et publications ne peut conduire qu'à une manipulation de la vérité. L'audition des premiers témoins devant le Tribunal de police de Genève a toutefois mis en lumière une réalité un peu plus complexe.

Le Dr Jean-Charles Rielle, médecin responsable du CIPRET, et Pascal Diethelm, président d'OxyGenève et employé de l'OMS, ont dénoncé publiquement le plaignant comme étant le responsable d'une «fraude scientifique sans précédent». Accusations que le plaignant, un Suédois spécialisé dans la médecine environnementale, ancien professeur associé à l'Université de Genève et auteur de recherches sur l'implication des habitudes alimentaires comme facteur de risque pour le cancer du poumon, rejette en bloc. S'il admet avoir été subventionné par le géant du tabac, Ragnar Rylander conteste toute falsification des résultats de ses travaux.

Premier sujet abordé lors de l'audience, le sponsoring des chercheurs. Pour le professeur André Rougemont, directeur de l'Institut de médecine sociale et préventive de Genève (IMSP), où travaillait à temps très partiel le plaignant, les subventions privées sont la règle plutôt que l'exception. «Si l'on devait compter sur le budget de l'Etat, on n'aurait même pas de quoi payer les collaborateurs.» Le problème se pose davantage en ces termes: faut-il accepter l'argent d'où qu'il vienne? Et le directeur d'admettre que l'industrie du tabac est bien «une source sensible». En tant que supérieur, il ne s'est toutefois jamais mué en contrôleur de la provenance des fonds. «J'attends des professeurs un certain sens de l'éthique. Si j'avais su que Ragnar Rylander était un consultant privilégié de Philip Morris, je l'aurais prié de bien vouloir choisir entre cette firme et nous», ajoute-t-il. Tout en précisant que les projets de ce scientifique ont tous été visés par une commission éthique, laquelle n'a jamais décelé le moindre problème.

Mettant plus ouvertement en doute la valeur des travaux en cause, Abelin Theodor, ancien directeur de l'IMSP de Berne, soutient que le professeur suédois a sciemment occulté certaines données ou appliqué une méthodologie parfois franchement étrange. «Si on mesure la mauvaise variable, ce n'est pas une bonne science», résume le témoin. Lui-même a enfin entendu les responsables de l'industrie du tabac faire référence aux recherches de Ragnar Rylander pour retarder la mise sur pied de mesures destinées à protéger les non-fumeurs dans les lieux publics. La défense compte encore faire entendre une quinzaine de témoins pour prouver que le professeur a conduit ses travaux de manière tendancieuse.

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