Alors que les électeurs genevois se prononceront le 5 juin sur le principe d’une traversée reliant les deux rives du lac Léman – la «traversée du lac» –, six communes genevoises et deux communes françaises ont fait part mercredi de leur mécontentement du tracé de l’éventuel futur contournement autoroutier, sous la forme actuellement retenue par le canton. Martelant qu’elles ne sont pas là pour donner des consignes de vote, elles estiment néanmoins que le parcours choisi sur la rive gauche pour relier l’autoroute suisse (A1) à son homologue française (A40) à Vallard­-Etrembières manque d’ambition.

Une trajectoire alternative

«Il est à la fois trop proche du centre urbain genevois et trop loin du Chablais. C’est un projet minimaliste», critique Alain Corthay, maire de la commune de Meinier, sur laquelle l’un des deux échangeurs routiers pourrait voir le jour. L’élu et ses collègues appellent le Conseil d’Etat à reconsidérer le tracé de la traversée du lac sur cette rive, estimant d’une part qu’il devrait être «beaucoup plus large», redoutant de l’autre que le trafic généré par la présence de l’infrastructure sur leurs communes serait beaucoup trop important.

«Chaque échangeur sera un aspirateur à voitures. Lorsqu’on ouvre un nouveau tuyau, l’eau s’y infiltre», prophétise déjà Alain Corthay.
Pour éviter d’être affublés du qualificatif de Neinsager, les élus proposent un tracé alternatif qui consiste à raccorder la traversée du lac à la «2 x 2 voies» chablaisienne qui relie l’agglomération d’Annemasse à celle de Thonon, via un premier échangeur situé à la frontière franco-suisse «entre les deux douanes d’Anières». «Actuellement, aucune infrastructure ne relie ces deux autoroutes. Et l’échangeur d’Etrembières est déjà saturé», argue le maire de Puplinge, Gilles Marti. «On nous présente un contournement de Genève alors que ce qu’il nous faudrait, c’est un contournement du Grand Genève», renchérit Gabriel Doublet, maire de la commune française de Saint-Cergues.

Préserver «ce poumon vert»

Ces six communes genevoises seraient-elles favorables à une traversée, surtout si cette dernière n’empiète pas sur leur propre confort? «Pas du tout», rétorquent en chœur les élus, qui préfèrent rappeler qu’aucune étude d’impact n’a été réalisée en termes de mobilité et d’environnement. «Nous ne sommes pas opposés à une densification de la rive gauche, mais nous souhaiterions que ce développement se fasse de manière intelligente, avance Alain Corthay. Nous ne sommes pas prêts à sacrifier ce poumon vert.»

Contacté, le conseiller d’Etat chargé du Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture dit comprendre les craintes «légitimes» des communes genevoises et françaises. «Mais rien n’est définitif dans ce dossier», assure Luc Barthassat, dans l’attente d’un vote favorable le 5 juin. Le démocrate-chrétien assure que l’actuel comité de pilotage du projet sera alors élargi à tous les acteurs: communes genevoises et françaises, milieux économiques, partisans de la mobilité douce et partis politiques. «Je veux réunir tout le monde autour de la table. Les négociations seront sûrement animées, il y aura des mécontents, mais mon but est d’en avoir le moins possible.»

Le magistrat estime que le canton devrait accueillir, d’ici à dix à quinze ans, près de 100 000 habitants et 80 000 emplois supplémentaires. «Une seule chose est sûre: nous n’arriverons pas à accompagner sereinement ce développement si la guerre des transports perdure.»