Lorsque, le 22 mai 1998, la terre a tremblé dans le département de Cochabamba, en Bolivie, les premiers à venir en aide aux populations quechuas furent les représentants locaux de la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC). Le séisme avait fait près de 200 victimes dans les villages de Mizque, d'Aiquile et de Totora et détruit plus de 2000 maisons.

Cette catastrophe s'était produite dans l'une des régions où la coopération suisse était active: elle y avait soutenu l'ouverture d'une fromagerie (qui existe toujours), la plantation d'oliviers (dont le succès fut, disons, plus relatif) et d'eucalyptus – ce qui valut d'ailleurs à la Suisse la plainte d'un ornithologue danois, car, paraît-il, les oiseaux ne goûtent guère cette essence.

Les coopérants helvétiques se sont rapidement mis au travail afin d'évaluer les dégâts. Ils élaborèrent un projet de reconstruction de logements selon une technique résistant aux séismes. Le temps pressait: «Il fallait que les maisons soient prêtes avant la saison des pluies», se souvient Verena Münzenmeier, coordinatrice de la DDC en Bolivie. Le défi fut relevé avec succès: à la fin de la saison sèche, 208 maisons avaient été rebâties. «Les Suisses ont été les premiers à se mobiliser pour nous», se félicite aujourd'hui le maire de Mizque, Orlando Soriano.

Il y a tout juste trente ans cette année que la coopération helvétique a débuté en Bolivie. A l'époque, elle portait prioritairement sur l'élevage. Elle s'est progressivement déplacée vers d'autres secteurs: éducation, désendettement, réforme économique, développement rural, puis, dès 1994, soutien à la décentralisation politique, aux réformes des droits populaires et de la justice, ainsi qu'au développement des services financiers dans les régions rurales (difficiles d'accès en raison d'un réseau routier extraordinairement chaotique).

En trente ans, la Suisse a investi 320 millions de dollars, ce qui constitue une toute petite part des 7 milliards de dollars que, selon les chiffres fournis par Horst Grebe Lopez, économiste à La Paz, la communauté internationale a avancés ces dix dernières années au pays le plus pauvre d'Amérique du Sud. Le programme quinquennal helvétique en cours (1998-2003) prévoit une aide annuelle moyenne de 20,8 millions de francs.

Pour marquer cet anniversaire, le directeur de la DDC, Walter Fust, s'est rendu récemment en Bolivie. Il est allé à Mizque. Il y a reçu un accueil royal de la part des populations quechuas et leur a encore promis la construction d'une école. Lors de son séjour dans les vallées andines, il a également visité la prison (surpeuplée) de Quillacollo, où la Suisse soutient un projet visant à améliorer la défense (précaire) des détenus. Il a pu constater que de nombreux prisonniers étaient embastillés sur de simples soupçons comme le permet la «loi 1008». Introduite dans le cadre de la lutte contre la cocaïne, cette disposition controversée oblige les personnes arrêtées à apporter elles-mêmes la preuve de leur innocence. A titre de soutien, il a offert aux prisonniers une scie circulaire, deux machines à tisser et deux ordinateurs afin de faciliter les travaux de menuiserie et de tricot qui les aident à survivre.

A La Paz, il a remis aux autorités un atlas qui dresse, pour la première fois, le portrait statistique des 311 municipalités du pays. Tiré à 4000 exemplaires, cet ouvrage n'est pas encore totalement au point, car toutes les données n'ont pu être vérifiées et les cartes publiées ne sont pas toujours à la même échelle.

Dans nos prochaines éditions, nous reviendrons sur certains des projets soutenus par la Suisse. Dans l'immédiat, Walter Fust livre au Temps ses impressions sur son voyage.