Neuf jours après les attentats de Paris et deux jours après celui de Bamako, les unes des journaux dominicaux restent consacrées à la menace terroriste. La situation en Suisse fait l’objet de plusieurs articles.

Le Ministère public de la Confédération (MPC) mène en ce moment 33 procédures pénales en lien avec le terrorisme islamique, explique le procureur général de la Confédération Michael Lauber, dans une longue interview accordée à la NZZ am Sonntag. «Depuis un à deux mois, nous avons ouvert une douzaine de nouvelles procédures» contre des sympathisants présumés d'organisations islamistes, précise-t-il.

Nombreux informateurs

Les indications qui ont conduit à l’ouverture d’enquêtes ont été fournies par la population ou des autorités: «La sensibilité aux dangers terroristes a sensiblement augmenté, si bien que de plus en plus d’informations remontent vers nous», précise le procureur général. Mais aucun nouveau cas n'est aussi grave que celui de la cellule de l'Etat islamique (EI) démantelée en Suisse orientale, dont les membres sont accusés d'avoir planifié un attentat terroriste au nom de Daech. Trois des quatre suspects de cette affaire sont incarcérés à ce jour; le 16 octobre dernier, le MPC avait adressé son acte d’accusation au Tribunal pénal fédéral. Les Irakiens sont accusés d’avoir participé et soutenu l’Etat islamique en Irak et au Levant, respectivement les organisations l’ayant précédé: Etat islamique en Irak et Etat islamique en Syrie. Outre les préparatifs en vue de commettre un attentat terroriste, le MPC a retenu les accusations de représentation de la violence, de séjour illégal et d’incitation à l’entrée, à la sortie ou aux séjours illégaux.

S’agissant des autres procédures pénales, la plupart des personnes concernées sont de jeunes hommes, mais les cas sont de nature très différente. Certaines personnes sont soupçonnés de soutien à une organisation criminelle, une partie des djihadistes ayant fait le voyage vers la Syrie, l’Irak, la Somalie, l’Afghanistan ou le Pakistan, d’autres en étant revenus; d’autres enquêtes s’intéressent à la propagande de l’Etat islamique (EI) sur Internet.

Mosquée montrée du doigt

La propagande sur Internet. Selon le SonntagsBlick, des enfants y sont confrontés dans la mouvance de la mosquée de Winterthour (ZH). Le nom de ce lieu religieux apparaît régulièrement en lien avec l’islamisme radical en Suisse;  l’un de ses membres, libyen d’origine, est soupçonné d’y tenir des propos particulièrement radicaux selon des témoignages recueillis par le journal dominical. De petits garçons apparaissent également sur des vidéos de l’EI devant le drapeau noir de l'organisation sunnite extrémiste, explique l’hebdomadaire. Des pères, fiers, publieraient ces clichés sur Internet. Le président de la mosquée, Atef Sahnoun, dément ces allégations.

Enfin, Le Matin Dimanche se penche sur le phénomène de radicalisation des jeunes qui deviennent djihadistes. Dans certains cas, celle-ci s’opère extrêmement rapidement, relève l’hebdomadaire citant l'exemple de certains des auteurs des attentats du 13 novembre à Paris. «C’est la part parfois très impulsive de ce djihad qui est nouvelle», explique Géraldine Casutt, doctorante en sociologie des religions à l'université de Fribourg. «Ce n’est pas que le temps de la radicalisation qui est plus rapide, mais aussi celui entre la conversion et le départ. Les gens se convertissent et vont combattre un mois plus tard en Syrie». Le rôle joué par Internet, ainsi que la facilité d’accès aux textes de l’EI sur la Toile, explique une partie de ce phénomène. La révolution organisationnelle de l’organisation donne une autre piste: Al-Qaïda sélectionne strictement ses membres, rappelle Olivier Moos, chercheur associé à l'institut Religioscope, l'EI, en revanche, «a besoin de monde et de chair à canon».