Affaire kadhafi

Le très discret retour de Rachid Hamdani

Le DFAE a confirmé ce mercredi que l’otage était bien rentré en Suisse. Son épouse demande aux médias de respecter leur intimité. Mais la discrétion du retour de l’homme d’affaires s’explique surtout par la volonté de ne pas nuire à Max Göldi, toujours en prison

Mais où se cache donc Rachid Hamdani? Alors que cette question hantait les rédactions tout l’après-midi et que les rumeurs les plus folles circulaient, Rachid Hamdani a fini par atterrir à Zurich mardi soir. Parti de Tripoli lundi à 23h en voiture diplomatique, il a accordé une interview à la TSR quelques heures plus tard, une fois arrivé sur l’île tunisienne de Djerba. Ensuite? Il a disparu des écrans radars. Selon nos informations, il s’est rendu à Tunis et il était sérieusement envisagé qu’il s’envole ensuite pour Marseille. Mais c’est finalement du côté de Zurich qu’il a réapparu. Dans la discrétion la plus totale.

A part confirmer que Rachid Hamdani a bien quitté la Libye, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) s’est muré dans le silence le plus total durant toute la journée de mardi. Pourquoi une telle discrétion? Pour préserver la sphère privée de Rachid Hamdani. Après être resté bloqué durant 19 mois à Tripoli, le Suisso-Tunisien n’aspire qu’à retrouver sa famille, loin des regards indiscrets. Mais surtout, le DFAE ne veut rien orchestrer qui puisse nuire à l’autre otage, Max Göldi, désormais derrière les barreaux d’une prison libyenne. Sa libération reste une priorité absolue.

Pour ne pas vexer inutilement Tripoli, qui a toujours refusé de lier l’arrestation d’Hannibal Kadhafi à la détention des deux Suisses, Berne a donc renoncé à envoyer l’avion du Conseil fédéral et à accueillir Rachid Hamdani comme un héros. Le Conseil d’Etat genevois s’est de son côté timidement réjoui, dans un communiqué diffusé vers 14h40, de la libération «d’un des deux ressortissants suisses retenus depuis plusieurs mois en Libye». Et a surtout précisé, sous la pression de l’Aéroport international de Genève assailli par les médias, qu’«en accord avec la Confédération, il n’y aura pas d’accueil officiel à l’arrivée de M. Hamdani».

C’est Salah Zahaf, l’avocat libyen de Rachid Hamdani, qui a contribué à semer la confusion. Il est le premier à avoir déclaré que son client atterrirait à Genève. Tôt le matin déjà, des médias faisaient ainsi le pied de grue à l’AIG. En fin d’après-midi, une vingtaine de journalistes espéraient encore apercevoir Rachid Hamdani. Mais dans les coulisses de l’AIG, on précisait que l’arrivée de l’ex-otage à Genève paraissait improbable puisque c’est le lieu où toute l’affaire a débuté.

Nouvel épisode dans la soirée, alors que l’atterrissage, à Zurich, d’un avion en provenance de Tunis était annoncé. Bruna Hamdani diffuse un communiqué, vraisemblablement rédigé avec le DFAE. «Mon mari, Rachid Hamdani, va retourner sous peu en Suisse», dit-elle en s’adressant aux journalistes. «Vous comprendrez certainement que nous avons maintenant besoin de paix et de tranquillité afin de retrouver notre quotidien. Je vous prie par conséquent instamment de tenir compte de ce désir et de respecter notre intimité. Le moment venu, nous vous recontacterons pour vous parler à l’occasion d’un point de presse.»

Durant cette folle journée, la maison des Hamdani, à Crans-près-Céligny, près de Genève, était aussi prise d’assaut par les médias. Bruna Hamdani a quitté son domicile vers 15h. Peu après, elle a coupé son téléphone portable. Pour ne réapparaître que via ce communiqué adressé aux agences de presse. Selon toute vraisemblance, le couple ne regagnera pas son domicile tout de suite. Et tentera de rester quelque temps à l’abri des micros et des caméras.

De grosses zones d’ombre subsistent encore sur le dernier jour de Rachid Hamdani à Tripoli. Qu’a-t-il exactement fait lundi, entre sa sortie le matin de l’ambassade de Suisse et 23h? Plusieurs rendez-vous aux ministères libyens de l’Intérieur et des Affaires étrangères ont apparemment été orchestrés. Pour d’ultimes «négociations» quant à sa libération.

Les Libyens, après avoir déployé des forces de l’ordre devant l’ambassade de Suisse dès dimanche soir, ont fait en sorte que Max Göldi soit photographié en sortant de la mission, menotté. En revanche, le départ de l’ambassade de Rachid Hamdani s’est fait discrètement. L’homme n’est réapparu que plusieurs heures après, devant des médias libyens. C’est à ce moment-là qu’il a tenu des propos étonnamment musclés contre la Suisse. Il aurait déclaré: «Par mon séjour à l’ambassade helvétique, le gouvernement suisse m’a mené à une impasse, ce qui a compliqué encore les problèmes.» Et démenti qu’il ait été «détenu».

Voilà qui ressemble à une mise en scène de Tripoli. Une pression a pu être exercée sur l’otage, déjà affaibli psychologiquement, comme dernière «mission» à remplir avant d’être autorisé à quitter le pays. Heba Morayef, collaboratrice de Human Rights Watch, basée au Caire, ne l’exclut pas: «Souvenez-vous de ce qui s’est passé avec les infirmières bulgares. Elles aussi ont tenu des propos favorables à la Libye juste avant leur libération…»

Une fois les dernières modalités réglées, Rachid Hamdani, son visa de sortie en poche, a enfin pu quitter Tripoli, vers 23h, avec une voiture aux plaques diplomatiques. Des diplomates suisses, mais aussi européens, l’ont accompagné jusqu’à la frontière libyo-tunisienne. Sur sol tunisien, il a ensuite été pris en charge par d’autres diplomates suisses. A Djerba, Rachid Hamdani, éprouvé et fatigué, a tenu des propos qui ont tranché avec ceux exprimés quelques heures plus tôt à Tripoli. Mais il est resté prudent. Car Max Göldi est dans une situation très délicate. Se retrouver en prison a constitué le moment le plus dur de sa vie, a avoué le Tuniso-Suisse à la TSR. Il a indiqué «ne pas être assez détendu» pour évoquer davantage ses conditions de détention. «Je ne suis pas dans mon état normal», a-t-il dit.

Rachid Hamdani a également fait savoir qu’il avait été traité «très convenablement» lors de son kidnapping en septembre, avec Max Göldi. Tous deux avaient été détenus dans un lieu secret durant 52 jours. C’est cet acte illégal qui a poussé la Suisse à durcir sa pratique en matière d’octroi de visas Schengen à l’égard de certains Libyens. Et qui a déclenché un ballet diplomatique sans précédent.

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