«Ce fut une campagne un peu… aiguisée. Sûrement plus animée que dans d’autres partis,» admet Guy Parmelin, qui se présente pour la quatrième fois au Conseil national. Le sens de l’euphémisme. Ou alors une manière, encore, de ne pas commenter, de se cacher un peu en attendant que l’orage, et les élections, soient passés. C’est l’éternelle histoire du «moins on parle de vous, mieux ça vaut«. La dernière fois qu’on l’a entendu, c’était fin juillet. Le cador du parti cantonal était alors le premier à demander publiquement le retrait de la candidature de Fabienne Despot aux élections de cet automne et sa démission de la présidence du parti. Ce fut pour lui une bérézina: en août, le congrès extraordinaire de l’UDC Vaud confirmait deux fois Fabienne Despot.

Depuis, c’est morne plaine, pour Parmelin qui ne s’est plus exprimé sur le sujet. Son collègue à Berne Pierre-François Veillon, qui ne se représente pas, l’explique. «Une fois que le congrès a pris sa décision concernant Fabienne Despot, il l’a respecté. Mais les tensions au sein du parti vaudois subsistent. Les gens ont mis le poing dans la poche. On est actuellement dans une sorte de brouillard politique». Pour cet autre politique, «on ressent un malaise entre les candidats résultant de l’affaire des écoutes».

L'un quitte le stand, lorsque l'autre y arrive

Car cet automne a ravivé d’autres blessures. Notamment celles de l’hiver 2011-2012, lorsque, refusant de se présenter au Conseil d’État après le décès subit de Jean-Claude Mermoud, Parmelin a ouvert la voie à la gauche. «Les Vaudois lui en veulent sûrement toujours un peu. Sans cela, on aurait toujours la majorité,» avoue le vice-président du parti vaudois, Jean-François Thuillard. Depuis, Parmelin passe pour un velléitaire, un homme qui se cache, ou n’ose pas se lancer dans la mêlée. «Guy Parmelin n’est jamais sur le même stand que Fabienne Despot», poursuit cet élu préférant demeurer discret. «L’un quitte la foire aux oignons à Oron lorsque l’autre arrive. Si l’un se rend à une foire le samedi, l’autre se débrouillera pour s’y trouver le dimanche.»

Le problème de Guy Parmelin, c’est peut-être son canton. Il n’a jamais caché préférer les dossiers fédéraux aux enjeux locaux ou cantonaux. À Berne, il est loin, lointain, et alors qu’il passe dans sa région pour un UDC modéré, proche du monde paysan, il vote souvent et avec discipline la ligne la plus dure du parti. En septembre, par exemple, il a voté sans hésiter la proposition de l’UDC sur un moratoire d’un an sur l’accueil des réfugiés. On est pourtant en plein dans l’émotion suscitée par l’image du petit Aylan, et l’affaire choque. La motion est qualifiée d’«inhumaine» par nombre de parlementaires. Elle est refusée par 103 voix contre 48. Seuls trois députés UDC s’abstiennent. Pas lui. «C’est précisément parce qu’il y a ces drames que l’on doit être strict avec les uns pour donner de la place aux autres. On doit donner des signes de fermeté si l’on veut mener une politique humanitaire», se défend-il. Géraldine Savary, la conseillère aux États socialiste (VD), se désole: «Je trouve dommage qu’il n’incarne pas davantage une UDC romande, plus apte à discuter et plus ouverte. Il aurait tout à y gagner.»

Course au Conseil fédéral

Gagner quoi? Un siège de conseiller fédéral? Il y a quelques jours, Christophe Darbellay et Christian Levrat, présidents respectifs du PDC et du PS, et qui adorent jouer aux (dé) faiseurs de rois ont émis l’idée qu’un éventuel deuxième siège UDC au Conseil fédéral après les élections, devrait revenir de droit à un UDC romand et modéré. Les regards se sont tournés vers lui, Guy Parmelin, qui n’a pas cillé. Pour Géraldine Savary, il aurait dû foncer: «C’est le seul romand évoqué pour un siège au Conseil fédéral… et il ne dit rien! Il devrait en profiter». Mais la Vaudoise est assez fine pour savoir qu’il peut s’agir aussi d’un piège. L’UDC déteste qu’on lui impose des candidats. Pierre-François Veillon avance des explications. «Dans une élection au conseil fédéral, il y a une stratégie à suivre. Ce n’est pas parce que le PS ou le PDC sortent un nom que l’on va s’exprimer. Le processus de sélection se passe actuellement au sein du parti. C’est hautement stratégique de ne pas répondre aux gens qui sortent votre nom. C’est même un signe de sérieux.» Soit. Mais Guy Parmelin donne une fois encore l’image d’un politicien qui se tait et subit les événements.

Il sera sans doute réélu dimanche. Mais se lancera plus usé dans la nouvelle législature et avec une crédibilité entamée. Lui ne trouve pas qu’il a fait une mauvaise campagne. «J’ai assuré le service, je suis allé partout où on me l’a demandé». C’est exactement ce que ses adversaires lui reprochent.