Archéologie

Les trésors cachés de Saint-Maurice

La découverte d’un site ecclésiastique renforce l’importance historique de la ville valaisanne

L’importance de la ville de Saint-Maurice (VS) dans l’histoire a certainement été plus grande qu’imaginé jusqu’à présent. Les dernières découvertes archéologiques témoignent d’un site ecclésiastique particulièrement vaste et peut-être d’une église funéraire royale.

Les fouilles entreprises à l’occasion de la réfection de la route qui longe l’abbaye ont permis de mettre au jour une partie des murs d’une église. Le bâtiment se prolonge sous l’actuelle église de l’abbaye. Cette découverte majeure met en lumière le rayonnement de ce haut lieu de la chrétienté, a estimé lundi le conseiller d’Etat Jacques Melly lors d’une présentation du chantier.

Ces vestiges correspondent à une petite partie d’un complexe de grande envergure dont les habitations n’ont pas encore été découvertes. Seuls les restes d’un grand bâtiment ont été mis au jour lors des fouilles actuelles. Selon les archéologues, il pourrait s’agir d’un palais, vu sa taille.

Des tombes monumentales

Sous le sol des vestiges de l’église, les archéologues ont découvert une série de tombes monumentales de 2,5 mètres de long. Des analyses au géoradar ont permis de déterminer que la partie située sous le parvis de l’église actuelle recèle aussi des tombes de même format.

Le nombre et la taille des sépultures laissent supposer que des personnages importants ont été ensevelis à cet endroit. Pour Alessandra Antonini, archéologue responsable des fouilles, l’hypothèse d’une église funéraire des rois burgondes est à prendre en considération.

La taille de l’église témoigne aussi de son importance. Elle est en effet plus vaste que la première cathédrale du Valais bâtie à Martigny (VS). Les premières évaluations situent la construction de cette église aux alentours du VIe siècle. La date doit encore être confirmée avec des analyses au carbone 14, précise Mme Antonini.

Le palais de l’évêque

La découverte des vestiges de murs d’un grand bâtiment à une trentaine de mètres de l’église comble certaines lacunes. Plusieurs actes ont été signés à Saint-Maurice par des évêques et même des papes. «On s’est toujours demandé où logeaient ces gens, on peut désormais penser que c’était dans le bâtiment mis au jour», explique Mme Antonini.

Cette bâtisse pouvait être le palais de l’évêque ou de l’abbé. Un plan du XVIIIe siècle montre une maison abbatiale à cet endroit. L’espace d’une trentaine de mètres entre ce bâtiment et les vestiges de l’église pouvait être une place dont un des côtés aurait été constitué par un baptistaire dont les restes ont été retrouvés sous l’actuelle abbaye.

Ces découvertes fournissent de nombreux éléments pour réécrire l’histoire ecclésiastique du lieu, estime Mme Antonini. L’ensemble mis au jour peut être considéré comme exceptionnel en Europe. Il n’est certes pas unique, «mais ce qui frappe ici, c’est que Saint-Maurice est une petite ville», précise Mme Antonini.

L’exploitation de ces vestiges situés sous une route ne sera pas possible telle quelle. Mais le sol de la route sera aménagé de manière à retracer ce qui se trouve en sous-sol, a indiqué Jacques Melly. Une certaine visibilité du complexe est ainsi assurée pour les célébrations des 1500 ans de l’abbaye en 2015.

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