Les caméras, dont celles de plusieurs chaînes étrangères, se sont précipitées sur Christoph Blocher à son arrivée dans la salle du Kaufleuten à Zurich presque comme s'il était déjà élu. Pour satisfaire les quelque 80 médias qui lui avaient demandé une interview, le candidat au Conseil fédéral s'était «mis à disposition» des journalistes dans le temple zurichois des sorties branchées. Tandis qu'Ueli Maurer le présente comme «coup de chance pour la politique suisse et pour le parti», le conseiller national de Herrliberg écoute attentivement, ramassé sur son siège. Il commencera par corriger le président de l'UDC suisse, qui a inversé la part des exportations à l'étranger de son entreprise Ems-Chemie (90% et non 10%). Puis attend les questions, cramponné des deux bras au pupitre. Bien vite, il abandonne la protection de ce «rempart», pour se présenter en pied à son auditoire, une main dans la poche (le micro crisse chaque fois qu'il la bouge), l'autre bras appuyé sur le pupitre. Et il demande que l'on projette les courbes ascendantes marquant la progression victorieuse de son parti aux élections fédérales, et non le soleil se levant sur la prairie vert pomme du sigle UDC.

Pendant presque deux heures, il répond patiemment aux questions, se montrant rarement polémique. Très souvent, il s'appuie dans ses explications sur ses expériences de manager, comparant le Conseil fédéral au conseil d'administration d'une entreprise, et parle de «responsabilité à prendre» dans presque chaque phrase. Ueli Maurer, de son propre aveu, s'ennuie un peu, tandis que Christoph Mörgeli, l'idéologue du parti, boit chaque parole accroché à sa serviette au fond de la salle et finit par se détendre légèrement. Le correspondant du Financial Times nouvellement arrivé en Suisse a un problème de définition: comment Christoph Blocher se qualifie-t-il lui-même: un conservateur, un nationaliste, un extrémiste de droite? «L'UDC est un parti libéral-conservateur, nous sommes pour un Etat qui n'a pas trop de compétences, libéral dans le sens de sa fondation en 1848. Mais pour un Etat souverain et neutre. Je ne suis pas un nationaliste, ces gens ont un sentiment exacerbé pour leur propre pays.» Le journaliste du Financial Times, s'orientant aux concepts ayant cours en Allemagne, continuera à traiter Christoph Blocher d'extrémiste de droite, explique-t-il à la fin de la conférence de presse. Un journaliste de la radio nationale espagnole, qui a fait le déplacement pour la première fois en Suisse pour traiter d'un sujet d'actualité, trouve les positions du candidat claires et ajoute qu'elles sont suivies avec «une certaine incrédulité» dans son pays.