Le 17 avril 2013, le président du Tribunal cantonal valaisan, Jean-Bernard Fournier, se rend en urgence à Martigny. Le jour même, il a été averti, par une collaboratrice du Tribunal de district de Martigny, que l’un des juges dudit tribunal avait tenu des propos «où il était question d’arme et de munitions, ce qui a suscité chez son interlocutrice la crainte que le juge puisse faire une bêtise», relate un communiqué diffusé mercredi. Jean-Bernard Fournier convient que le juge prendra des vacances, emporte l’arme avec lui et la dépose dans un tiroir du secrétaire général du Tribunal cantonal. Où elle se trouve toujours.

Une forme d’arrangement

La procédure est inédite et ne correspond à rien de connu dans le canton. Normalement, une arme est soit chez son propriétaire, soit dans un dépôt officiel de la police cantonale, soit remise à l’armée si c’est une arme militaire. Il ne s’agit pas d’un séquestre d’arme à feu, lequel aurait dû être réalisé par la police sur ordre d’un procureur. Il s’agit d’une sorte d’arrangement entre le président du Tribunal cantonal et le juge concerné, qui a accepté «de son plein gré» de remettre son arme militaire à son supérieur, explique Jean-Bernard Fournier devant la presse, les mains tremblantes et un chat persistant dans la gorge. «La collaboratrice qui nous a alertés a surréagi», estime Jean-Bernard Fournier. Ni la police, ni l’armée n’ont été averties de cette mesure de «dépôt» d’arme, et personne n’a vérifié que le juge n’en détenait pas d’autre. «Notre but était d’apaiser la situation», justifie encore le président du tribunal.

L’affaire intervient en plein conflit au sein du Tribunal de Martigny. Le 28 janvier 2013, les huit collaboratrices de l’institution avisent les juges cantonaux chargés de l’inspection annuelle «d’un mauvais climat de travail et de remarques dénigrantes que certains juges leur avaient adressées», précise le communiqué. Il s’agit, en tout, de trois juges. Après audition du personnel, la Cour plénière a délibéré au cours de plusieurs séances, pour décider soit d’une procédure administrative, soit d’une procédure disciplinaire, soit d’un remaniement des postes entre plusieurs tribunaux de districts. C’est cette dernière option qui a été choisie, «parce qu’elle ne comporte que peu d’exigences formelles et qu’elle est plus rapide, maniable et efficace».

Le juge dont l’arme a été confisquée deviendra greffier du Tribunal cantonal. Une gestion «paternaliste» de l’affaire, pour les voix les plus tendres en Valais.