L'Hebdo n'a pas porté une atteinte illicite à l'honneur de Yeslam Binladin en relatant les soupçons qui ont pu se porter, après les attentats du 11 septembre 2001, sur les relations de l'homme d'affaires genevois avec l'un de ses nombreux demi-frères, Oussama ben Laden. Dans un arrêt diffusé mercredi, le Tribunal fédéral a confirmé le jugement des tribunaux genevois déboutant Yeslam Binladin de son action civile intentée contre le magazine et les auteurs de l'article, les journalistes Agathe Duparc et Roland Rossier. Les juges fédéraux ont estimé que la publication contestée était justifiée par la mission d'information de la presse. Yeslam Binladin réclamait, en particulier, un demi-million de francs à titre de réparation morale.

Dans son édition du 27 septembre 2001, L'Hebdo publiait une enquête mettant en évidence l'opacité régnant autour de l'homme d'affaires genevois, et les questions que cette opacité pouvait susciter. L'article faisait état d'un certain nombre de faits objectifs qui n'étaient pas de nature, relèvent les juges, à rabaisser Yeslam Binladin «dans la considération du lecteur moyen», et qui n'étaient pas relatés «dans une forme inutilement blessante». Un passage, en revanche, s'est avéré plus problématique. L'article relevait que, si rien ne permettait de douter que l'homme d'affaires genevois ait coupé les ponts avec son parent, l'hypothèse de «connivences financières beaucoup plus tortueuses, brouillées au sein d'une nébuleuse de sociétés est, elle, toujours prise au sérieux par certains services de renseignement. Américains en tête.»

Cette assertion «induit le lecteur moyen à mettre en question la probité morale» de Yeslam Binladin et constitue donc une atteinte à l'honneur, estime le Tribunal fédéral. Mais elle n'est pas illicite. Les développements de l'article litigieux «sont justifiés par la mission d'information de la presse», et L'Hebdo est demeuré suffisamment mesuré dans ses termes pour que l'on comprenne qu'il ne s'agit que d'une hypothèse formulée par des services de renseignement ou par l'auteur d'un livre. «Lorsque la presse relate qu'une personne est soupçonnée d'avoir commis un acte délictueux ou que d'aucuns supposent qu'elle pourrait avoir commis un tel acte, rappelle l'arrêt, seule est admissible une formulation qui fasse comprendre avec suffisamment de clarté qu'il s'agit en l'état d'un simple soupçon ou d'une simple supposition.»

Arrêt 5C.180/2004 du 14.1.2005.