Des roms, des Sud-Américains, des squatteurs et un juge, c’est ce qu’on trouvait vendredi dans les jardins familiaux des Prés-de-Vidy à Lausanne. Le tribunal d’arrondissement de Lausanne avait organisé une audience un peu particulière, au milieu des légumes et des cabanons. La Ville de Lausanne veut que cette soixantaine d’occupants quitte le terrain qui lui appartient. Dans le cadre du projet Métamorphose, un stade y est prévu.

La Ville invoque des soucis d’hygiène et de sécurité. Elle propose 35 places dans des containers Portakabin et 10 dans des abris de la Protection civile, jusqu’au 31 mars 2012. La décision du juge devrait tomber la semaine prochaine.

Qui est qui?

Une audience dans les champs et dans le froid c’est une succession de scènes plus hautes en couleur les unes que les autres. Première difficulté pour le juge: savoir qui est qui. A côté d’un cabanon, il faut regrouper les roms d’un côté, les hispaniques au milieu et les squatteurs à gauche, qui se sont donnés le nom de «Bourdache». La «salle d’audience» se transforme petit à petit en un gigantesque attroupement rond autour du juge.

Et surtout, qui est véritablement visé par cette procédure? Le doute persiste, car personne ne donne son nom. «Qui habite ici? Qui dort ici? Qui ne vient que la journée?» interroge le juge. Tout le monde lève la main...

Et combien sont-ils? Equatoriens, péruviens, espagnols ne le savent pas très bien. Les chiffres varient pour se fixer à 14. «On n’est pas tous là, certains ont peur», explique l’un d’eux. Les roms sont 35.

Tous âges confondus, des bébés aux grands-parents, hispaniques et roms disent comprendre les arguments de la Ville. Les premiers acceptent la solution des Portakabin et les seconds promettent de partir le 5 janvier.

Les roms craignent de se faire agresser dans les abris PC. Et craignent de se battre dans un Portakabin, car ils seraient «les uns sur les autres». Les squatteurs refusent l’idée de quitter l’endroit et veulent continuer à faire pousser leurs légumes, avant le début des travaux.

Le policier dans le buisson

Après plus d’une heure, décision est prise: il faut visiter ces cabanons pour voir les conditions de vie des squatteurs et des mendiants. Un petit groupe avance en ligne entre les lopins. En première position: le juge bien sûr.

Le suivent son greffier, ses trois huissiers, deux policiers, deux traducteurs, l’avocat et les représentants de la Ville, quelques occupants des jardins et les journalistes. Il faut faire attention. L’un deux policiers trébuche – on ne sait pas forcément sur quoi – et finit dans un buisson. Son collègue mettra une heure pour contenir son fou-rire.

Autour des cabanons, c’est un spectacle de misère. Si quelques-uns ont un chauffage, aucun n’a d’eau courante, ni de toilettes. Dans l’un de ces bicoques, une famille a installé trois lits alors que leur habitation fait cinq mètres de large. Le reste: juste un coussin Barbie, une minuscule table, quatre verres et une boîte estampillée «Cappuccino». Juste à côté, à l’extérieur, un vieil homme accroupi tente de cuire quelque chose dans une casserole, qu’il a installé sur un feu de bois.

Durant l’une des suspensions d’audience, Marus raconte des bribes de ton histoire: «Je n’ai pas d’argent. J’en cherche pour Noël et après je rentre en Roumanie. Je souhaite des bonnes fêtes à tout le monde. Ecris-le dans ton journal.»

Entre français, allemand et roumain, un de ses amis ajoute: «J’ai besoin d’argent pour acheter un cochon. On en tue un à Noël.» Tout d’un coup, un mot s’échappe dans la discussion: Mercedes. «Non, n’écris pas ça. Mais tu peux faire une photo de nous.»