Alvaro Baragiola compte les jours. Ce citoyen italien de 50 ans, devenu Suisse dans des circonstances mouvementées, en 1986, sait que le temps joue pour lui. Dans trois ans, il devrait être hors d'affaire. Depuis plusieurs années, l'Italie réclame obstinément de la Suisse qu'elle le juge pour l'enlèvement du chef de la démocratie chrétienne italienne Aldo Moro. C'était le 16 mars 1978 à Rome, il y a vingt-sept ans. En Suisse, la prescription est de 30 ans.

Dans ce dossier complexe, une petite incertitude vient néanmoins d'être levée. Aux termes d'un arrêt diffusé mercredi, le Tribunal pénal fédéral a jugé que si Alvaro Baragiola devait être poursuivi, ce serait à la justice tessinoise d'agir et non au Ministère public de la Confédération.

Mais la probabilité de voir le Tessin se lancer dans ce délicat exercice est faible, tant les autorités tessinoises comme fédérales ont mis jusqu'ici peu d'empressement à répondre aux prières obstinées de Rome. La décision que vient de rendre le Tribunal pénal fédéral n'est d'ailleurs que le dernier signe en date de l'embarras des Suisses à propos d'une affaire qui a déjà derrière elle plusieurs rebondissements.

Quand les Suisses arrêtent Alvaro Baragiola en 1988, à Lugano, ce dernier est recherché par l'Italie pour son implication dans plusieurs crimes commis par les Brigades rouges. L'extradition est impossible, même si Baragiola n'est Suisse que depuis peu. Le Ministère public tessinois décide donc qu'il répondra de ses actes en Suisse, mais renonce à le poursuivre pour l'enlèvement d'Aldo Moro, faute de preuves suffisantes. En revanche, la justice tessinoise lui inflige 17 ans de réclusion pour l'assassinat d'un juge de la Péninsule. Alvaro Baragiola en purge les deux tiers avant d'obtenir sa libération conditionnelle.

L'Italie, elle, ne lâche pas prise. En 1996, elle le condamne à la perpétuité, mais par contumace, pour l'enlèvement d'Aldo Moro. Et se met à le rechercher partout où il se trouve, comme elle recherche, aussi, Cesare Battisti, figure légendaire des repentis des années de plomb. En 1999, l'ambassade d'Italie prie les Suisses de rouvrir le dossier. Berne ne répond pas. En octobre dernier, nouvelle demande. Le Ministère public tessinois fait alors valoir que, depuis que la Confédération est compétente en matière de crime organisé, c'est au Ministère public fédéral de reprendre l'affaire. Mais ce dernier décline l'offre. Il revenait donc au Tribunal pénal fédéral d'arbitrer. C'est le Tessin qui a commencé, c'est lui qui doit finir le travail, ont estimé en substance les juges.

Arrêt BG.2004.20.