Vaud

«A Tridel, nos rémunérations sont justifiées»

Alors que les honoraires des administrateurs de la centrale d’incinération poussent la Ville de Lausanne à réclamer un audit, le président de l’usine se défend

La municipalité de Lausanne veut que son contrôle des finances puisse procéder à un audit sur les comptes de Tridel, l’usine d’incinération intercommunale de Lausanne. En forte hausse, le montant des honoraires versés aux administrateurs suscite l’incompréhension du syndic, Grégoire Junod, ainsi que l’a révélé le quotidien 24 heures. Président et administrateur délégué de la société, Stefan Nellen justifie les versements dont il a lui-même bénéficié.

Le Temps: Les honoraires versés aux administrateurs de Tridel pour l’exercice 2016 explosent. Comment le justifier?

Stefan Nellen: Le terme explosion est mal choisi. La construction de Tridel a coûté 360 millions de francs, l’entreprise génère un chiffre d’affaires de 40 millions et réalise une marge opérationnelle d’environ 12 millions par an, ce qui nous aura permis de rembourser intégralement en dix ans une dette de 150 millions.

– Ce poste de comptes est tout de même passé de 143 000 francs à 251 000 francs d’une année à l’autre, suffisamment pour alerter la Ville de Lausanne…

– Le conseil d’administration a décidé d’accorder une rémunération particulière aux administrateurs sortants ayant œuvré de manière importante à la construction et la mise en œuvre de l’usine. Cette décision de principe a été prise en 2006 et appliquée déjà à plusieurs reprises.

– Qui a bénéficié des rémunérations particulières portées aux comptes 2016?

– L’ancien conseiller municipal Olivier Français, qui représentait la Ville de Lausanne, aurait pu bénéficier d’un montant de 80 000 francs, et j’ai moi-même reçu 50 000 francs, dont une rétribution spéciale de 20 000 francs et le solde sous forme de salaire.

– Vous n’êtes pourtant pas sur le départ

– Non, mais le conseil d’administration a voulu solder le passé une fois pour toutes, donc de manière anticipée dans mon cas. Olivier Français et moi-même sommes les derniers des six administrateurs ayant œuvré d’une manière particulière pour Tridel depuis le début.

L’apport d’Olivier Français à cette réalisation a été énorme, je peux même dire qu’il nous a permis, grâce à ses compétences, d’économiser plusieurs millions de francs sur le coût du projet et les honoraires externes. En ce qui me concerne, j’ai depuis 2007 une rémunération à temps partiel comme administrateur délégué. Auparavant, j’ai travaillé pendant quatre ans sans salaire, uniquement comme administrateur.

– Olivier Français explique à «24 heures» qu’on lui a proposé cette rémunération de départ mais qu’il l’a refusée.

– Olivier Français n’a jamais perçu un seul centime à titre privé pour ce mandat, conformément à ses obligations de municipal. Il a été convenu de verser ce montant de 80 000 francs au Festival du film alpin des Diablerets, aux installations mécaniques d’Isenau ainsi qu’à une fondation historique des Ormonts.

Le même principe avait été adopté et admis par la municipalité de Lausanne pour une rémunération d’Olivier Français perçue à Genève pour sa participation au projet du CEVA. J’ai moi-même versé 20 000 francs à un organisme culturel.

– Cela peut donner l’impression qu’on s’octroie des cadeaux en petit comité!

– Tout le contraire, ce ne sont pas des cadeaux, mais des rémunérations répondant à des prestations rendues. Ces rémunérations particulières ont été décidées par le conseil d’administration, puis auditées par PwC, enfin validées par l’assemblée générale.

– Les décisions sur les rémunérations particulières 2016 ont été prises par le conseil d’administration. Qui y représentait la Ville de Lausanne?

– Olivier Français n’était pas présent lorsque le conseil d’administration a pris ces décisions. Depuis la fin de son mandat, il a été remplacé par Florence Germond, qui était présente à l’assemblée générale qui a approuvé les comptes 2016. La réaction de la municipalité est donc très étonnante.

– Le syndic de Lausanne conteste que l’on puisse verser des primes aux administrateurs au moment de leur départ.

– Je le répète, ce ne sont pas des primes, mais une rémunération versée en toute transparence. Les montants sont justifiés eu égard au travail fourni, aux économies réalisées sur le projet et au succès de Tridel.

– Quelle est la pratique habituelle pour rémunérer les administrateurs?

– Le conseil compte neuf membres, moi-même et huit syndics ou membres d’exécutifs communaux. Chaque administrateur touche un forfait de 10 000 francs par an, de 20 000 pour le président. S’y ajoute une indemnité de 500 francs par séance. Cela correspond grosso modo à un total de 140 000 francs par an.

– La municipalité de Lausanne veut un audit sur les comptes. Allez-vous accepter cette demande?

– La décision appartient au conseil d’administration. Je ne m’y opposerai pas, mais j’ai des doutes sur l’utilité d’un audit. Nos comptes ont déjà été révisés par PwC. Il s’agit d’une démarche purement politique.

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