Vaud

Le triomphe d’Olivier Français

Il était troisième au soir du premier tour, il termine premier. Le sénateur PLR sortant est réélu grâce à la forte mobilisation de la droite. Il siégera au côté de l’écologiste Adèle Thorens, qui éjecte le Parti socialiste vaudois hors des Etats

On n’avait pas vu Olivier Français sourire autant depuis… quatre ans. Depuis sa dernière remontada, sa «Françaitada». Il est loisible de mettre sur le résultat d’Olivier Français au second tour de l’élection au Conseil des Etats vaudois les mots que l’on veut. Car l’heure est à l’analyse d’un résultat qui semblait inatteignable, en tout cas en de pareilles proportions, il y a trois semaines. Avant-hier samedi, le candidat PLR, qui a annoncé qu’il s’arrêterait dans quatre ans, avait à Lausanne tenu sur le marché local son «dernier stand». Et reprendre 19 000 voix au duo vert-rose semblait suffisamment difficile pour que l’expression ait presque la couleur des adieux politiques. Quelques heures plus tard, il triomphe, le mot n’est pour une fois pas galvaudé. Olivier Français a gagné plus de 33 000 suffrages entre les deux tours et finit en tête (53,78%). Derrière lui, Adèle Thorens Goumaz fait son entrée à la Chambre haute, avec 51,7% et Ada Marra est la candidate malheureuse de ce second tour avec 47,45%. Cela faisait pourtant vingt ans qu’un sénateur ou une sénatrice socialiste représentait le canton de Vaud.

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L’UDC et le PLR rafistolés

On peut lire dans ce vote une forte mobilisation à droite, l’électorat UDC souhaitant faire barrage à Ada Marra, détestée en ses rangs. L’alliance faite dans le canton de Vaud de soubresauts entre le PLR et l’UDC pourra peut-être se rafistoler sur cette victoire. On peut y lire aussi le succès du centre, et notamment des Vert’libéraux, qui avaient précisément appelé à un ticket Français-Thorens au second tour. Ce rôle d’arbitre, à Berne, que joueront Vert'libéraux et PDC, a connu dimanche un genre d’avant-goût à la vaudoise.

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«Merci», c’est la première chose que souhaite dire le candidat victorieux aux Vaudois qui ont voté pour une droite représentée au Conseil des Etats. «Les gens ont reconnu mon bilan et j’ai su les rassembler autour de ce que je représente. Je me réjouis de participer au débat suivant, c’est-à-dire planifier l’espace de vie des Suisses jusqu’en 2050 et leur apporter des réponses.» Olivier Français n’a pas caché durant sa campagne ses mésententes avec la Verte Adèle Thorens avec qui il devra pourtant siéger. «Nous devons nous efforcer d’être les solutions aux problèmes et non les problèmes», devise-t-il en guise de réponse, en ajoutant qu’au Conseil des Etats «on ne travaille pas à deux, mais à 44».

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Derrière lui, son président de parti, Marc-Olivier Buffat, et le conseiller d’Etat Pascal Broulis ne cachent pas leur joie. «L’UDC a joué le jeu», se félicitent-ils. «C’est bien de voir qu’un homme de plus de 60 ans peut encore être élu au Conseil des Etats», se rassurent-ils au terme de mois de campagne qui a passablement tourné autour du jeunisme, du féminisme et de l’écologie. «Le tour de force s’est fait au lendemain du premier tour lorsque l’UDC a officiellement soutenu notre candidat. Sur les dossiers de la valeur locative, de la fiscalité, de la péréquation, de l’agriculture et du financement de la santé, il était absolument nécessaire que la droite soit présente à la Chambre haute.» Pascal Broulis a une petite pensée pour les perdants. «Avec un ticket Maillard-Thorens, le résultat aurait été différent. Car Pierre-Yves a une véritable capacité d’arbitrage.» Le siège du syndic de Montreux Laurent Wehrli, conseiller national sortant, est sauvé par la réélection du sénateur.

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Pour les Verts, une victoire en demi-teinte

La seconde figure du jour, c’est Adèle Thorens, grande gagnante du premier tour, qui fête une victoire en demi-teinte. Des trois candidats, c’était sûrement la plus sereine, car il était quasi certain qu’elle remporterait l’un des deux sièges. Mais le mauvais scénario s’est joué dimanche pour les Verts qui souhaitaient voir le ticket de gauche féminin plébiscité dans les urnes. Sous le slogan Adèle-Ada, leur campagne jouait sur l’homogénéité, leur eco-rating identique et parfait, il était donc difficile pour Adèle Thorens de savourer pleinement son élection en solo.

«Ce sont les forces progressistes du canton qui sont touchées aujourd’hui», déplore la nouvelle conseillère nationale Léonore Porchet en référence à l’échec du duo de gauche. «Ada Marra et Adèle Thorens auraient superbement travaillé ensemble, ce qui ne sera pas le cas avec le duo actuel. J’ai bien peur que leurs voix ne s’annulent.» Le passage d’Adèle Thorens aux Etats, permet l’élection de Valentine Python, climatologue, au Conseil national.

«Nous devrons nous en remettre aux Verts pour nous représenter au Conseil des Etats», déclare la présidente du gouvernement Nuria Gorrite. La socialiste lit deux choses dans ce vote: que les Vaudois ont plébiscité «un candidat sortant qui n’a pas démérité dans son travail», et qu’ils ont confié la gauche «à un parti crédité d’une présomption de compétences». Mais elle ne remet pas en question la force de son parti. «Il n’y a pas d’inversion de tendance, le succès des Verts est uniquement conjoncturel. Nous n’avons pas à nous redéfinir, nous restons les plus compétents sur les thèmes qui sont les nôtres: les questions européennes, sociales, sanitaires, et même environnementales. L’ouvrage qui sert de référence à nos amis verts en termes d’énergie solaire a été écrit par Roger Nordmann.»

Quant à savoir si cette nouvelle représentation aux Etats peut bousculer la répartition des forces de gauche au gouvernement vaudois, Nuria Gorrite répond qu’il n’y a pas de place à prendre pour le moment, et Léonore Porchet, qu’elle n’a pas encore d’avis définitif sur la question.

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