«La décision a été prise. Pas de visas pour les Européens, sauf pour la Grande-Bretagne», a dit lundi à Reuters un responsable de l’aéroport international de Tripoli, qui a exigé l’anonymat. Il n’a fourni aucune explication à cette décision, qui n’a reçu confirmation immédiate ni du gouvernement libyen, ni des pays de l’Union européenne (UE).

A Berne, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) n’a pas souhaité commenter l’information. Interrogé, un porte-parole a simplement dit qu’il était connu que la Suisse poursuivait envers la Libye une politique restrictive en matière de visas. Le représentant de l’UE à Berne Michael Reiterer n’a pas non plus souhaité réagir.

Près de 200 responsables

Le 21 janvier, une source libyenne de haut niveau avait déjà affirmé que Tripoli allait prochainement durcir sa politique de visas à l’encontre des hommes d’affaires et chefs d’entreprises européens travaillant en Libye et aux ressortissants de certains pays européens. Et ce en réaction à une politique de l’UE limitant l’attribution de visas Schengen aux Libyens.

Berne a durci en juin dernier les conditions d’octroi des visas Schengen aux ressortissants libyens, face au refus de Tripoli de coopérer sur le sort des deux Suisses retenus en Libye. Les visas ne sont plus délivrés «qu’à titre exceptionnel et dans des cas particuliers».

Dimanche, le journal libyen «Oea» – proche de Seif Al-Islam, l’un des fils du colonel Kadhafi – a affirmé que Berne avait interdit à 188 responsables libyens, dont le numéro un libyen Mouammar Kadhafi et sa famille, d’entrer en Suisse.

Toujours pas de passeport

Le ministère italien des affaires étrangères a estimé lundi que la décision de Tripoli était une mesure de représailles à cette interdiction. «La riposte libyenne à la décision suisse affecte tous les pays de la zone Schengen», a dit un porte-parole cité par Reuters.

La crise entre Berne et Tripoli a éclaté après l’interpellation musclée en juillet 2008 à Genève d’un fils Kadhafi, Hannibal, et de son épouse, sur une plainte de deux domestiques accusant leur employeur de mauvais traitements. Depuis, Tripoli retient deux ressortissants suisses qu’elle a accusés de «séjour illégal» et «d’exercice d’activités économiques illégales».

L’un d’eux, Rachid Hamdani, a été blanchi le 7 février de toutes les accusations. Mais il attend toujours que son passeport, confisqué par les autorités, lui soit rendu pour pouvoir quitter le pays. Interrogée lundi, l’organisation Amnesty International a dit ne pas avoir des nouvelles concernant le passeport.

Le second Suisse, Max Göldi, a lui été condamné jeudi en appel à quatre mois de prison ferme pour «séjour illégal» et a écopé d’une amende de 800 dollars dans la seconde affaire. Le fait de savoir s’il a recouru contre ce verdict n’était pas connu lundi.