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En Suisse alémanique, la droite remet en question la place des grands shows de divertissement.

Médias

Les trois chantiers d’une SSR en pleine tempête politique

Le Conseil fédéral est sur le point de publier son rapport très attendu sur le mandat de la SSR. Bien que misant sur la continuité, il provoquera un débat féroce

Moins de trois semaines après la votation sur l’initiative «Pro Service Public» des journaux de consommateurs, le débat reprend de plus belle. Ce vendredi 17 juin, le Conseil fédéral se penche sur le rapport consacré au service public dans le secteur des médias. Le Temps en a lu sa première version. Il présente des «orientations» laissant entendre que le Conseil fédéral ne partage pas toute la stratégie de la grande maison SSR.

Celle-ci s’apprête à vivre trois années parmi les plus mouvementées de son histoire. Elle subira un feu incessant de critiques jusqu’à la campagne de l’initiative «No Billag» pour la suppression de toute redevance radio-TV, prévue pour 2018. Voici les principaux chantiers de la réforme qui s’amorce.

1. Le financement

Pour la SSR, c’est une bonne nouvelle dans le contexte tendu de la révolution digitale. Le Conseil fédéral ne remet pas en question son mode de financement mixte, basé à la fois sur le produit de la redevance (1,3 milliard) et sur la publicité (300 millions). Il partage ainsi les conclusions de la Commission fédérale des médias (Cofem) qui s’était aussi prononcée dans ce sens en décembre dernier. En quelques paragraphes vite enlevés, le gouvernement rejette l’option du laboratoire d’idées «Avenir Suisse», qui voulait réduire la SSR à un fournisseur de contenus. Il écarte aussi le modèle dual réservant la redevance au service public pour laisser le champ libre aux médias privés dans le secteur de la publicité.

Le Conseil fédéral sonne tout de même la fin d’une longue période d’expansion pour la SSR: «Il n’est pas question d’augmenter les moyens à disposition, malgré des exigences en hausse sur le plan de l’information», avertit-il. Probablement même que la SSR devra faire mieux avec moins. Car en Suisse alémanique, à l’UDC comme au PLR, nombreux sont les élus qui veulent la soumettre à une cure draconienne. Ils sont prêts à se servir de l’initiative «No Billag» comme levier de pression politique, dans le cadre d’un contre-projet par exemple.

«Je suis en faveur d’une réduction de moitié de la redevance», déclare Natalie Rickli, conseillère nationale (UDC/ZH) et responsable des affaires publiques de Goldbach Media, société active dans la vente de publicité. L’an dernier, elle avait demandé que le rapport présente quatre variantes de budget – dont la plus basse à 500 millions –, mais le Conseil fédéral n’est pas entré en matière.

2. La place de la SSR sur Internet

C’est le grand défi pour la SSR: capter le public jeune dont les habitudes de consommation des médias ne ressemblent en rien à celles de leurs aînés. Selon une étude de l’Université de Zurich, la classe d’âge des 18 – 35 ans s’informe et se divertit en ligne durant près de quatre heures et demie par jour, soit beaucoup plus que par la radio (110 minutes) et la télévision (80 minutes). «La SSR doit orienter son offre de manière à toucher les jeunes, cela sur les vecteurs qu’ils utilisent», écrit l’exécutif.

En disant cela, le gouvernement donne le feu vert à la SSR pour investir davantage le web. C’est nouveau et cela déplaira fortement aux éditeurs privés. Durant trois ans, ceux-ci avaient livré un terrible bras de fer à la SSR, qui souhaitait pouvoir faire de la publicité en ligne. De sorte qu’en 2013, la conseillère fédérale Doris Leuthard, cheffe des télécommunications, avait dû trancher: pas de publicité ni de sponsoring sur internet. Aujourd’hui, le Conseil fédéral maintient cette interdiction, mais provisoirement. Il faudra rouvrir le débat d’ici trois à cinq ans, car la publicité va inexorablement se déplacer vers le net à moyen terme.

Pour une partie de la droite du parlement, le web doit rester la chasse-gardée du secteur privé. «Une offre en ligne ne fait pas partie du service public», tranche Hans-Ulrich Bigler, conseiller national (PLR/ZH) et directeur de l’USAM.

3. Le périmètre du service public

Actuellement, la SSR diffuse ses programmes sur sept chaînes de télévision et dix-sept chaînes de radio. Trop? Le Conseil fédéral élude la question. Mais il donne quelques pistes à suivre qui sont une critique des programmes actuels, notamment en Suisse alémanique. «Les émissions de la SSR doivent se différencier davantage de celles des chaînes privées étrangères.» Outre-Sarine, la télévision alémanique a consacré 10 millions par saison pour produire «The Voice of Switzerland», cependant arrêté en 2014. «La SSR doit remettre en question ses pratiques actuelles sur l’achat de formats et de séries à l’étranger», note le rapport.

Deux visions du service public s’affrontent ici. La gauche et le centre sont en faveur d’une SSR généraliste incluant le divertissement et le sport. «Le match va se jouer sur le sport. Pour moi, la SSR doit continuer à offrir les grandes compétitions sportives. On ne peut pas créer un espace commercial pour le privé en privant le public de prestations qu’il souhaite et apprécie», insiste le président du PS Christian Levrat.

En face, la droite dure et les représentants de l’Action pour la liberté de la presse, dont Christian Wasserfallen (PLR/BE) est le vice-président. Ils axent leur réflexion sur le principe de subsidiarité: «La SSR ne doit plus faire ce que les privés réalisent avec une qualité suffisante», estime-t-il. Les détracteurs de la SSR réclament aussi le droit du parlement à avoir son mot à dire lors du renouvellement de la concession à fin 2017.

Bien que manquant d’audace, le rapport du Conseil fédéral lance enfin le débat sur le service public dans le secteur des médias. Ce n’est pas la première fois qu’il a lieu au parlement, mais cette fois il s’annonce beaucoup plus mouvementé que par le passé. Avec un danger à la clé, que relèvent plusieurs élus: la politisation de la concession.

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