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Genève vue du ciel.
© Thomas Pesquet/Instagram.com

élections

Les trois défis qui modèleront le Genève du XXIe siècle

Grands projets culturels, équilibre financier et développement urbain: les dossiers clés de la prochaine législature décryptés

A quoi ressemblera Genève, à l’approche du quart de ce XXIe siècle? L’horizon n’est pas si lointain. Le Conseil d’Etat que nous élirons les 15 avril et 6 mai prochains travaillera en effet dans une législature qui se terminera en 2023. Pour que le canton rayonne, le gouvernement aura trois urgences à régler: trouver la formule pour un développement urbain harmonieux, définir un équilibre financier alors que les recettes vont baisser et soutenir des projets culturels ambitieux.


Redonner vie au projet d’agglomération

Le CEVA sera l’épine dorsale d’une métropole dont le souffle vital est retombé

Commençons par la bonne nouvelle: il est toujours plus vraisemblable que la date de mise en service du CEVA soit bien, comme prévu, le mois de décembre 2019. Les recours concernant les mesures de protection contre les bruits solidiens (qui se propagent dans le sol) sont levés les uns après les autres. Après six ans et demi de travaux, le ministre genevois des Transports pourra alors inaugurer cette infrastructure ferroviaire qui sera l’épine dorsale du Grand Genève, ce territoire qui court du district de Nyon à Thonon, en France.

Le problème, c’est que le projet d’agglomération a subi des revers qui remettent en cause son existence même. Cette grande idée avait pourtant une place centrale dans le discours de Saint-Pierre de 2013, serment solennel qui sert de programme gouvernemental. La problématique est connue: région parmi les plus dynamiques d’Europe, Genève crée des richesses et attire du monde. Incapable de loger ces nouveaux habitants, le canton les exporte notamment en Haute-Savoie et dans l’Ain, créant du même coup des problèmes de transport qui n’en finissent plus.

Le 17 janvier, la Confédération a annoncé que le troisième volet de financement des agglomérations laissera des miettes à Genève: 38,8 millions, alors que les ambitions genevoises se chiffraient à plus de 100 millions. La phase de consultation n’est pas terminée, mais l’extension des lignes de tram jusqu’en France voisine (Saint-Julien-en-Genevois) est compromise. A vrai dire, le premier coup d’arrêt dans le dossier est intervenu en début de législature déjà. Le 18 mai 2014, les Genevois refusaient, à 51,1% des voix, de financer la construction de parkings en France. Une défaite avec un écart minime mais aux conséquences majeures.

«Un dossier pourri»

«Depuis, le dossier est pourri», confie un ministre. Au cœur même du gouvernement, le feu sacré pour le Grand Genève semble en effet éteint, au point que le ministre des Transports et celui du Logement travaillent de manière non coordonnée. Plusieurs communes ont en effet annoncé qu’elles feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour freiner la construction de logements tant que les projets d’extension des transports publics n’étaient pas ficelés, a révélé la Tribune de Genève. Or le canton ne parvient toujours pas au but qu’il s’est fixé, 2500 nouveaux logements par an, en accord avec le plan directeur cantonal adopté par le parlement.

Que faire? Le maire de Vernier, candidat des Verts au Conseil d’Etat, voit dans la nomination de Luc Barthassat, conseiller d’Etat PDC chargé des transports, une erreur initiale. «Ses prédécesseurs [les Verts Robert Cramer et Michèle Künzler, ndlr] croyaient profondément au projet d’agglomération. Luc Barthassat n’y croit pas. Le Conseil d’Etat ne peut pas faire le double du boulot en assurant le travail qu’il ne fait pas.» Candidate au Conseil d’Etat, la PLR Nathalie Fontanet charge le Vert Antonio Hodgers, même si elle regrette le «manque de coordination» au sein des services de l’Etat. Selon la députée, sa politique «crée des dommages financiers aux propriétaires qui veulent vendre leur terrain et donc des oppositions», mettant ainsi à mal l’objectif chiffré par le canton.

Dans la population également, l’élan d’une métropole en construction est retombé. Le 4 mars prochain, plusieurs communes voteront sur des projets de logements différents, approuvés par une majorité d’élus, mais contestés par des citoyens, parfois soutenus par l’association Pic-Vert, l’Asloca des propriétaires de villas, pour faire court. Le défi du prochain gouvernement sera bien de faire disparaître le sentiment que le développement de Genève est un cheval fou. D. H.


Une mue historique, sans garantie financière

Nouvelle Comédie, Cité de la musique, Théâtre de Carouge: Genève va se doter d’infrastructures exceptionnelles, sans être sûr de pouvoir en financer les ambitions

Cette grue est un rêve. Cette fosse, une promesse. Jamais Genève n’a construit autant d’infrastructures culturelles. Verni sera le prochain président du Conseil d’Etat. Ses ciseaux seront d’or au moment d’inaugurer la Nouvelle Comédie – promise pour 2020 –, le Théâtre de Carouge, la Cité de la musique, cette philharmonie de rêve, dont la construction est financée, elle, par des privés.

Une loi contestée

Mais tandis que les grues tournicotent, les politiques s’arrachent les cheveux. C’est qu’il ne suffit pas de changer le décor, il faut être en mesure de l’habiter, c’est-à-dire trouver l’argent pour que ces institutions soient à la hauteur des ambitions. La loi de 2015 sur la répartition des tâches entre le canton et les communes a redistribué les rôles. Pour ses partisans, elle les a clarifiés, mettant fin aux doublons – deux collectivités publiques finançant une activité. La Ville de Genève embrasse ainsi sous son aile les frais de fonctionnement de la Nouvelle Comédie, ceux du Grand Théâtre, l’aide à la création vivante aussi. Le canton, lui, se concentre sur le livre. «Une hérésie», déplorent les acteurs culturels.

A l’orée de l’été, ceux-ci lançaient une initiative populaire constitutionnelle demandant que le canton assume ses responsabilités dans le domaine. Le 3 janvier, ils la déposaient, forts de 14 205 signatures. Directrice de Fonction: Cinéma, Aude Vermeil est l’une des artisanes du mouvement: «Si on entérine la loi de 2015, nos grandes institutions, le Grand Théâtre et la Nouvelle Comédie, sont en danger. Sans parler de la création vivante, qui ne saurait dépendre de la Ville seule. Ce qu’on demande, c’est le cofinancement qui induit la concertation et la collaboration entre les collectivités.»

La peur de la coquille vide

La conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta, qui tient les rênes de la culture sur le plan cantonal, se dit d’accord sur le principe du canton coordonnateur. Mais est-elle prête à revenir sur la répartition des tâches? «La réforme sera évaluée. Et tout dépendra du rapport de force politique au Grand Conseil.» A l’opposé, Alexandre de Senarclens, candidat PLR au Conseil d’Etat, soutient la réforme. «Ce qui m’importe, c’est que les grandes institutions, qui ont un rayonnement régional, soient renforcées, avec une seule tutelle politique, le canton ou la commune.»

Au ras des planches, Denis Maillefer espère que la raison l’emportera. «Bâtir de belles coquilles vides, ce serait absurde», note le codirecteur de la Nouvelle Comédie, dont la dotation publique devrait passer de 6 à 12,5 millions, d’ici à 2020. «L’enjeu de la législature, c’est qu’on élabore une vision enfin commune de la politique culturelle à l’échelle du Grand Genève», appuie le conseiller national socialiste Manuel Tornare. Conclusion provisoire: on a hâte d’applaudir le décor; on prie pour que les acteurs aient de la vista. A. D.


Les finances publiques, nœud gordien de la République

Le projet de réforme de l’imposition des entreprises va encore priver le canton de recettes. Mais gauche et droite sont arc-boutées sur leurs positions

Genève est riche, mais les caisses sont vides. Et le retour à l’équilibre n’est pas pour demain. Avec le projet de réforme de l’imposition des entreprises PF 17 et le renflouement de la Caisse de prévoyance de l’Etat, synonymes de pertes, il va falloir consentir à des arbitrages.

Le temps presse, car la célérité du voisin vaudois en matière d’abolition des statuts spéciaux pour les multinationales pourrait nuire à la République. Vaud a déjà fixé un taux pour toutes les entreprises, à 13,79%, qu’il appliquera dès 2019, alors qu’à Genève, la Commission fiscale du Grand Conseil s’est prononcée sur le principe seulement d’un taux à 13,49%. Le différentiel entre les deux cantons pour les entreprises sans statut fait craindre que certaines ne prennent la poudre d’escampette.

Trouver un compromis sera malaisé, car gauche et droite ne l’entendent pas de la même façon. La gauche trouve ce taux trop bas. «Mais surtout, il s’agira de jouer sur les autres variables, comme l’impôt sur le bénéfice et les dividendes, pour amoindrir la perte fiscale», préconise le socialiste et président de la Commission fiscale Thomas Wenger. Pour la droite en revanche, PF 17 est l’occasion d’élaborer une fiscalité compétitive. «Vaud, en fixant son taux, démontre une stabilité dont Genève est incapable, estime Cyril Aellen, chef de groupe PLR au Grand Conseil. Or, pour l’économie, la prévisibilité est tout aussi importante que le taux.»

Douze projets de loi sur la fiscalité

A la veille de ce chantier, gauche et droite affûtent leurs armes sur le terrain de la fiscalité. Pas moins de douze projets de loi ont été déposés, parfaitement opposés. Diminution de l’impôt des personnes physiques pour le PLR, taxation des plus riches pour la gauche, dont les propositions visent toutes à entailler la cuirasse du bouclier fiscal. Et peu lui importe qu’à Genève 10% des contribuables paient les deux tiers de l’impôt sur le revenu. Elle s’attaque aussi aux propriétaires: «La réévaluation du patrimoine immobilier pourrait amener au moins 100 millions de recettes fiscales supplémentaires», soutient Thomas Wenger. Mais des mesures d’économie, la gauche n’en veut pas.

Le Conseil d’Etat s’y est essayé, mais la plupart des mesures structurelles proposées n’ont pas passé la rampe au parlement. Avec des fonctionnaires défendus par la gauche et, désormais, un MCG corporatiste, l’exécutif n’est pas parvenu à réunir une majorité. A droite, on voit mal comment redresser les finances sans toucher au train de vie de l’Etat. «On a créé une usine à gaz, critique Cyril Aellen. On doit mener une vraie réflexion sur un Etat plus efficace, au lieu d’un Etat interventionniste qui produit une nouvelle économie planifiée.» Pour que Genève avance, il faudra un Conseil d’Etat soudé. Si l’absence de majorité au parlement est un frein à l’action politique, le manque d’adhésion collective de l’exécutif l’est tout autant. L. L. Z.

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