Face aux caméras, le candidat socialiste Stéphane Rossini lâche ce cri: «C’est un clown». Pour l’ancien président de la Confédération Pascal Couchepin: «Le costume de conseiller d’Etat est trop grand pour lui» et «il a du talent comme chanteur, comme poète ou, comme on dit, comme amuseur public». Depuis son élection triomphale au gouvernement en 2013, Oskar Freysinger n’a jamais adapté son discours à la fonction. Au contraire, il s’est acharné à cultiver le style du rebelle.

Il y a quatre ans, les électeurs ont plébiscité le franc-parler d’Oskar Freysinger

Beaucoup y voient l’une des multiples raisons pour lesquelles les Valaisans ont choisi de sanctionner le ministre au premier tour des élections. Cette analyse ne convainc pas Jérôme Desmeules, président de l’UDC du Valais romand: «Même si tout le monde n’apprécie pas son humour, je doute que son électorat souhaite qu’il adapte son discours au politiquement correct». Il insiste: «Il y a quatre ans, les électeurs ont plébiscité le franc-parler d’Oskar Freysinger.»

Notre éditorial: Oskar Freysinger, un sauveur à genoux

Propos maladroits

Comme désorienté par une humiliation qu’il n’a pas vu venir, le ministre s’embourbe désormais dans une suite de déclarations maladroites. Dans les pages du Walliser Bote, il avance l’argument ethnique pour faire campagne: «Je n’ai pas une goutte de sang welsch, je suis haut-valaisan». Face aux caméras de canal9, il plaide les finances de l’Etat pour justifier la nécessité de sa réélection: «J’aurais une rente alors que je suis en pleine force de l’âge.»

Les femmes se sous-estiment souvent beaucoup

Interrogé sur l’égalité des droits dans le monde du travail, Oskar Freysinger bégaie sur les ondes de Radio Chablais: «Les femmes se sous-estiment souvent beaucoup» et «les hommes ont tendance à se surestimer». Il précise: «Je crois qu’il y a des études là-dessus». Selon lui, le phénomène suffit à expliquer pourquoi les femmes occupent moins souvent les postes à responsabilités: «Elles se disent: Je n’arriverai jamais à faire ça», alors que «le mec se dit: pas de problème!»

Lire aussi: Trois rivaux pour le siège d’Oskar Freysinger

Dans ce contexte, et alors qu’Oskar Freysinger ne répond plus à ses questions, Le Temps a choisi de publier des extraits de ses discours. Chargé de communication du ministre, Slobodan Despot a peut-être rédigé certains de ces textes. Ils sont rythmés de nombreuses références littéraires ou mystiques lorsque le ministre s’exprime à Paris ou à Berlin. Quand il s’adresse aux Valaisans, elles ressemblent plutôt à un enchaînement de blagues provinciales qui laissent le public mal à l’aise.


Le discours du conseiller d’Etat

En novembre dernier, une éducatrice lançait une pétition pour obtenir des excuses publiques. Face aux étudiants des filières de la santé et du social de la HES-SO, Oskar Freysinger osait cette formule: «Permettez-moi de vous féliciter pour votre diplôme qui fera de vous, dans le domaine social, ce qu’est le pansement à la plaie, Le NeoCitran à la crève et l’Imodium à la filante.»

En décembre dernier, le ministre convoquait une suite de clichés pour s’adresser aux 630 nouveaux citoyens suisses venus assister à leur assermentation.

«Il y a longtemps, vous êtes venus en Suisse avec une valise légère et le cœur lourd. Certains, cherchant à se prémunir de l’inconnu y ont peut-être glissé une bouteille de Slivovitz, de Porto ou de Chianti… Un pezzo di mozarella forse, hein? Un flacon d’eau-de-vie de Lourdes, une barquette de bacalau, oder eine Weisswurst?»

«Vous êtes restés et vous avez bien fait: C’est que l’espoir qui prenait tant de place dans votre valise au voyage aller s’est matérialisé, il a pris forme. En prenant forme, il a pris corps. Et en prenant corps, il est devenu femme. En devenant femme, il s’est démultiplié dans vos bambini et vos autres segundos.»

«Oui, vous êtes restés chers concitoyens. Parce que, durant les vacances annuelles, peu à peu vous étiez le straniero, le Svizzero… Parce que sur la côte d’Azur, à Dubrovnik, Sarajevo, Porto, Liverpool, Séville, dans le désert arabe ou même dans la jungle africaine, soudain il vous manquait la raclette, le vin blanc.»


Le discours du vice-président de l’UDC

En janvier 2016, invité à fêter l’Indépendance vaudoise avec la section Lavaux-Oron de l’UDC, Oskar Freysinger commentait la politique cantonale et l’actualité internationale en jouant avec les mots.

«Vous avez un gouvernement qui descend vachement vite la pente. Comment ça, pourquoi? Ça se voit même depuis le Valais, quand y a une Quattro et un Métraux qui foncent sur Leuba. Je dirais qu’il faut être du côté de Palézieux pour pas voir ça. Un logement idéal pour loger des Ivoiriens. C’est d’ailleurs pour ça qu’à Palézieux, pour aider les Ivoiriens, même les toilettes turques ont des lunettes.»

«Ces pauvres requérants n’ayant pas eu le temps d’apprendre le dutsch, ils ont confondu eau de Cologne et lolos de Cologne. Evidemment, les femmes allemandes ont rapidement été mises au parfum. La maire de Cologne – une femme émancipée, de gauche – a tout de suite trouvé la parade. Faut faire comme contre le sida, les filles, qu’elle a dit, faut sortir couverte. Et puis elle leur a montré le geste qui tue, l’arme absolue contre le migrant baladeur. A la trappe le judo, le jujitsu, le karaté, le krav maga. Il faut tendre les bras, ma fille, qu’elle a dit, pour tenir le gars à distance.»

En joignant le geste à la parole: «Vous avez compris à la télé, faut tendre le bras. Un peu moins haut qu’en 39-45. Mais il faut le tendre comme ça. Comme ça, la pudeur est sauve. Je ne sais pas pour vous, mais moi quand j’ai vu ça, les bras m’en sont tombés. Dieu sait ce que ce sera à Carnaval, ce sera les deux bras tendus.»


Le discours de Berlin

En novembre dernier, Oskar Freysinger participait à la conférence pour la souveraineté du magazine Compact, à Berlin. Présenté comme ministre, il y prononçait un discours sur la liberté d’expression et la démocratie en Suisse.

«Le nouveau monde délivra l’ancien des nationaux-socialistes… Mais si l’Amérique fit tomber ce régime totalitaire, c’était principalement comme un dieu vengeur qui ne peut tolérer aucun autre dieu à côté de lui. C’est pour cette raison que le nouveau monde devint ce qu’il avait combattu, un maître du monde brutal, un bourreau que la grande prostituée de Babylone emportera dans son Apocalypse.»

«Revenons sur le différend entre Antigone et Créon et sur la dépouille de Polynice, pourrissant sous les murailles de Thèbes. Créon, en son orgueil démesuré, aimerait voir ce cadavre se décomposer et être dévoré par les chacals. Antigone, se référant aux lois immuables du Dieu Zeus, veut à tout prix inhumer le cadavre de son frère. C’est sur ce cadavre, qui sera suivi plus tard par celui du Crucifié, que s’est bâtie la démocratie suisse.»

«Songeons aux trois tentations du Christ dans le désert: la tentation économique (transformer les pierres en pains), la tentation technologique (sauter dans le vide et être sauvé par des anges) et la tentation politique (se prosterner devant le Diable pour devenir maître du monde). Le Christ résiste, car son pouvoir est autre… Or, ces trois tentations sont précisément les hérésies auxquelles la société européenne moderne a succombé.»

Lire également: La rhétorique russophile d’Oskar Freysinger