Lobbys

Trois importants groupes d’intérêts ont perdu de l’influence au parlement

L’USAM, les syndicats et les caisses maladie ont vu le nombre d’élues et d’élus les représentant diminuer avec les résultats des élections fédérales. Commence dorénavant la recherche de nouveaux contacts au parlement, explique Lobbywatch.ch

Le nouveau parlement fédéral issu des élections change la donne pour certains lobbyistes. En raison de plusieurs non-réélections, l’USAM, les syndicats et les caisses maladie vont plus ou moins perdre de leur influence, dans un premier temps du moins.

«Les perdants politiques sont les parlementaires lobbyistes UDC, PLR et PS représentant l’USAM et les syndicats», relève Thomas Angeli, coprésident de Lobbywatch.ch, association à but non commercial composée de journalistes de divers médias suisses, interrogé par Keystone-ATS.

L’Union suisse des arts et métiers (USAM) est sans conteste la grande perdante de ces élections 2019. Avec la non-réélection de son président Jean-François Rime (UDC/FR), son directeur Hans-Ulrich Bigler (PLR/ZH) et les administrateurs Hansjörg Brunner (PLR/TG) et Peter Schilliger (PLR/LU), ce groupe d’intérêt est particulièrement affaibli sous la Coupole.

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Les syndicats misent sur Pierre-Yves Maillard

Mais ce n’est pas le seul, comme le relève sur son site la plate-forme d’observation des lobbies en Suisse. Les syndicats perdent aussi des plumes avec la non-réélection de Corrado Pardini (PS/BE), membre de la direction d’Unia, Adrian Wüthrich (PS/BE), président de Travail. Suisse et Philipp Hadorn (PS/SO), secrétaire syndical du SEV. Une perte compensée en partie par l’élection de Pierre-Yves Maillard (PS/VD), président de l’USS.

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L’association faîtière de la branche de l’assurance maladie, Santésuisse, devra également chercher de nouveaux contacts au Palais fédéral. Son président Heinz Brand (UDC/GR) n’a pas été réélu dimanche. Pareil pour le groupement suisse pour les régions de montagne (SAB), dont le directeur Thomas Egger (PDC/VS) n’a pas été réélu non plus. Le lobby du nucléaire perd aussi un soutien de poids en la personne du président du Forum nucléaire suisse, Hans-Ulrich Bigler.

Il n’y aura pas moins de lobbyistes dans le nouveau parlement, qu’il s’agisse de parlementaires eux-mêmes lobbyistes ou de purs lobbyistes

Thomas Angeli, coprésident de Lobbywatch.ch

Plus de 2000 liens d’intérêts

Les 246 membres des deux Chambres comptent plus de 2000 liens d’intérêts avec quelque 1700 entreprises et organisations, selon l’étude de février dernier de l’ONG Transparency International Suisse. Les parlementaires peuvent donner deux cartes d’entrée permanente au Palais fédéral à deux personnes ou décider de diversifier leurs invités en distribuant deux cartes journalières par jour.

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Mais comme le rappelait le président de Transparency Suisse, Eric Martin, en février dernier, «les plus grands lobbyistes, ce sont les parlementaires eux-mêmes». Il affirmait que chaque parlementaire avait en moyenne entre sept et neuf mandats accessoires (entreprises, conseils d’administration, associations, organisations, think tanks, forums, etc).

«Il n’y aura pas moins de lobbyistes dans le nouveau parlement, qu’il s’agisse de parlementaires eux-mêmes lobbyistes ou de purs lobbyistes», affirme Thomas Angeli. Difficile en revanche d’estimer combien de nouveaux élus seront des lobbyistes classiques, selon lui.

A la recherche des nouveaux élus

Une chose est sûre, de nombreux lobbyistes externes perdent leur carte d’accréditation au Palais avec les démissions et non réélections de parlementaires. «Organisations et entreprises vont donc devoir se mettre à la recherche de nouveaux élus les représentant. Cela passera par les contacts qu’elles entretiennent traditionnellement avec tel ou tel parti», explique Thomas Angeli.

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Il y a aussi les cas de parlementaires élus dans des conseils d’administration ou consultatifs d’entreprises. Thomas Angeli cite l’exemple de Sebastian Frehner (UDC/BS) qui devra quitter le Groupe de réflexion de l’assureur Groupe mutuel car il n’a pas été réélu au National.

Il y a une accointance idéologique entre le camp bourgeois et l’économie, une autre entre le camp rose-vert et les associations environnementales ou les syndicats, résume-t-il. «Les intérêts des associations environnementales seront certainement mieux représentés et défendus dans le nouveau parlement», avance le coprésident de Lobbywatch.ch.

Des jeunes parlementaires plus critiques?

Il se dit aussi curieux de savoir dans quelle mesure les syndicats seront proches des Verts. Le secteur des «clean-tech» pourra, lui, certainement compter sur les Verts’libéraux, selon lui. «Mais sinon, dans l’ensemble, il n’y aura pas de grands changements», prédit-il.

Lobbywatch.ch s’attend toutefois à ce que les jeunes parlementaires nouvellement élus se montrent plus critiques face aux lobbyistes. Thomas Angeli pense que le travail d’influence des lobbyistes de la législature 2019-2023 sera plus compliqué que par le passé.

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