Soupçonnés d’avoir planifié un attentat

Djihad Le Ministère public de la Confédération confirme l’arrestation de trois Irakiens

Les indices se sont alourdis au fil de l’enquête, selon le Tribunal pénal fédéral

Les charges se précisent contre trois ressortissants irakiens sous les verrous depuis sept mois en Suisse. Le Ministère public de la Confédération a indiqué vendredi que les trois hommes étaient bel et bien soupçonnés d’avoir cherché à planifier un attentat en Europe, confirmant des informations parues dans les médias alémaniques ces dernières semaines.

Ils appartiendraient à l’organisation djihadiste de l’Etat islamique, selon le parquet fédéral, qui se réjouit d’avoir pu ainsi déjouer des projets d’attentat.

Pour l’heure, les enquêteurs se contentent de faire savoir que la cible de ces actes terroristes devait se situer en Europe, sans préciser s’il pouvait s’agir de la Suisse. Les investigations se poursuivent sur ce point, explique Jeannette Balmer, la porte-parole du MPC.

Les moyens auxquels les trois hommes auraient pu recourir se laissent deviner à partir des charges retenues contre eux, qui comprennent, outre le soutien à une organisation criminelle, l’usage d’explosifs ou de gaz toxiques. Parmi les autres chefs d’accusation figurent également les actes préparatoires délictueux, l’incitation à la violation de la loi sur les étrangers, mais aussi la pornographie.

Au fil de l’enquête, les soupçons initiaux se sont renforcés. C’est ce qui ressort d’une décision du Tribunal pénal fédéral (TPF) rendue le 23 juillet, refusant la libération de l’un des détenus. Cette décision n’est pas publiée, mais elle est mentionnée dans un autre jugement qui, lui, peut être consulté sur le site du TPF*.

Jusqu’ici, le Ministère public fédéral s’était refusé à tout commentaire sur l’affaire afin de ne pas compromettre les investigations en cours, explique Jeannette Balmer. L’enquête visait en effet à débusquer d’éventuelles complicités, en Suisse comme à l’étranger.

Très peu d’informations ont filtré sur le parcours et les motivations des trois Irakiens, arrêtés à fin mars dans les cantons de Schaff­house et d’Argovie. L’un d’eux résidait illégalement en Suisse, se contente de mentionner la porte-parole. Les deux autres sont entrés dans le pays comme requérants d’asile, selon Alexandre Vautravers, expert des questions de politique de sécurité, professeur associé à la Webster University de Genève et bon connaisseur du contexte. «Ils sont en Suisse depuis peu. Leur profil correspond malheureusement à de nombreux autres cas. Il est donc important de pouvoir effectuer tous les contrôles nécessaires – via les services du HCR et ceux de la Confédération – au sein de certaines populations à risque.»

L’enquête, de grande ampleur, s’accompagne d’une collaboration intense avec d’autres pays. Elle a démarré sur la base d’informations transmises par le service suisse de renseignement, précise le MPC. Cela n’exclut pas qu’elles aient été collectées à l’origine par un autre pays, notamment les Etats-Unis. Ce qui est certain, c’est que le FBI travaille main dans la main, sur ce dossier, avec la Police judiciaire fédérale suisse, et que la justice américaine a ouvert sa propre enquête.

Pour la première fois, les deux pays ont ainsi fait usage d’un accord de coopération policière signé par Christoph Blocher en 2006. Dénommé Operative Working Arrangement (OWA), cet accord prévoit des équipes communes d’enquêteurs dans les affaires de terrorisme. Il ne change rien cependant aux formalités – contraignantes – prévues par les dispositions sur l’entraide judiciaire en matière pénale.

Le parquet indique mener une vingtaine d’autres procédures en lien avec le djihadisme, dont 5 en relation avec la Syrie, tout en se refusant à toute autre précision. Jusqu’ici, c’est surtout la présence en Suisse de candidats au djihad à l’étranger qui avait retenu l’attention des autorités.

Cette affaire rappelle que la Suisse, en tant qu’Etat occidental, «peut être prise pour cible au même titre que d’autres», juge Alexandre Vautravers. A son avis, «le souci principal aujourd’hui vient du fait que le conflit actuel en Irak et en Syrie suscite beaucoup d’intérêt et de passions dans la région mais aussi auprès de la population déplacée».

Pour lui, il n’y a pas de doute que la faiblesse des moyens d’in­vestigation dont dispose le ren­seignement dessert la Suisse, et que la nouvelle loi, qui renforce ces instruments et devrait être discutée au parlement le mois prochain, est nécessaire. Vis-à-vis de pays étrangers, en effet, «on ne peut être un partenaire efficace que lorsqu’on dispose d’informations de première main soi-même».

* Décision BB.2014.117

La Suisse, en tant qu’Etat occidental, «peut être prise pour cible au même titre que d’autres pays»