La Suisse, laboratoire politique

Trois jeunes qui s’emballent pour la politique

Les ados ne s’intéressent pas à la politique, vraiment? Chaque année, 200 d’entre eux se mettent dans la peau de parlementaires lors de la Session des jeunes et imaginent la Suisse de demain

Tout au long de cette année des 20 ans, Le Temps a traité plusieurs causes. La septième et dernière concerne le laboratoire politique helvétique. Depuis quelques années, le pays peine à mener à bien de grandes réformes se multiplient, tandis que la classe politique est prise de vitesse par la société civile et les réseaux sociaux.

Toutefois, le système suisse garde des atouts. Génie du fédéralisme, les nouvelles idées peuvent être testées au niveau communal ou cantonal avant d’être étendues au reste du pays. Nous explorons ces pistes durant cinq semaines.

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Service militaire obligatoire, revenu inconditionnel de base, jeunes LGBT, emballages plastique, mobilité du futur, terrorisme: ces thèmes seront débattus sous la coupole fédérale… par 200 Suisses entre 14 et 21 ans lors de la 27e Session des jeunes, qui s’ouvre ce jeudi. L’occasion pour eux de se frotter à la politique, alors qu’ils n’ont, pour certains, pas encore le droit de vote, et d’émettre des revendications concrètes au terme des quatre jours de débat.

L’événement se veut séance «miniature» du Conseil national, l’appartenance partisane en moins. «Ce n’est pas une simulation, la session débouche sur de réelles pétitions, qui seront traitées par les commissions parlementaires», s’enthousiasme Florian Schweri. Cet étudiant en droit genevois a participé à la Session des jeunes en 2015 et préside, depuis 2016, au suivi des revendications.

Déjà membre d’un parti

«Souhaitant faire mes premiers pas en politique, je m’étais inscrit à l’événement», raconte ce jeune homme de 20 ans très engagé. Au Parti socialiste de la ville de Genève depuis janvier, il est également rédacteur en chef du journal de l’alma mater genevoise, membre d’une association de quartier et secrétaire général de son club de sport. Le futur avocat a quelques prédispositions: son père a travaillé pour les syndicats et le journal Le Courrier.

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Pour participer à la Session des jeunes, pas besoin cependant d’être un politicien en herbe. La curiosité suffit. «Le but est de proposer une plateforme de participation à la vie politique à un éventail de jeunes qui soit le plus large possible», explique Corinne Schwegler, responsable de projet au Conseil suisse des activités de jeunesse (CSAJ). Même des migrants mineurs tentent l’expérience chaque année.

Les profils sont variés, allant du candidat Jeune UDC à celui qui débarque en politique, comme Bastien Fiaux, 18 ans. Sa curiosité ayant été éveillée par une enseignante de l’Ecole de commerce de Martigny, il veut mieux comprendre la politique suisse, qu’il trouve «compliquée».

Le climat, c’est l’avenir

Pour Margot Donzé, étudiante de 17 ans en relations internationales, la session est l’occasion d’«échanger avec des jeunes que je ne rencontrerais pas d’habitude». A Berne, la Vaudoise débattra des emballages plastique dans la grande distribution: ça tombe bien, le sujet lui parle. L’écologie et la santé, «par exemple les pesticides», sont les thèmes les plus urgents à empoigner à ses yeux.

Florian Schweri est également interpellé par les questions environnementales et sociales, «transversales» selon lui: le développement urbain à Genève pose à la fois la question du manque de logements et celle du réchauffement climatique à cause du bétonnage. L’éducation, l’égalité femme-homme, le racisme et les abus de pouvoir sont des thèmes «primordiaux» en Suisse, «bien que nous soyons bien lotis par rapport à d’autres pays», ajoute Bastien Fiaux.

Jeunes pas assez investis

Ce dernier observe un manque d’implication de ses compatriotes: «En tant que jeunes, on a l’impression que les objets des votations ne nous concernent pas.» La complexité de nombreux sujets y est pour quelque chose. On «s’intéresse avant tout à des thèmes qui nous parlent», souvent liés aux technologies, «comme les voitures autonomes», relève Bastien Fiaux.

Constat similaire chez Margot Donzé. Ennuyeuse, la politique suisse? «Disons que l’actualité est plus palpitante ailleurs», nuance-t-elle en évoquant les élections au Brésil.

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La faute à qui, alors? Question délicate, selon Florian Schweri. Si l’école a sa part de responsabilité en offrant peu d’instruction civique, l’entourage joue un rôle important, selon le Genevois, qui a toujours parlé politique en famille. L’engagement politique se fait de plus en plus par d’autres canaux: l’avènement des pétitions en ligne est un moyen pour les jeunes de s’impliquer, surtout ponctuellement, analyse l’étudiant en droit.

Un engagement plutôt qu’une carrière

Une envie de percer en politique? Pas pour Margot Donzé, qui vise une carrière de diplomate, un métier certes «étroitement lié à la politique», souligne celle qui fait partie d’Amnesty International. Elle ne se voit pas non plus intégrer un parti, car «il faut partager toutes ses convictions».

Cette jeune génération n’en affiche pas moins des idées très claires sur certains sujets. Planchant sur le thème des emballages plastique, Margot Donzé argumente: «Je ne suis pas contre le plastique. Mais les magasins devraient en réduire la quantité et utiliser davantage de matières recyclables.» Selon elle, si la grande distribution fait un effort, l’impact sera bien plus grand que celui des gestes de chaque citoyen.


La Session des jeunes, comment ça fonctionne?

La Session des jeunes est née en 1991, pour les 700 ans de la Confédération, sur l’initiative du Conseil suisse des activités de jeunesse (CSAJ). Les 200 candidats sont sélectionnés parmi les 350 à 500 dossiers reçus chaque année. Bien que relativement stable, le nombre des candidatures tend à baisser. Les critères? La représentativité cantonale, la mixité filles-garçons, la diversité des parcours et des âges (14-21 ans). En revanche, pas besoin d’être affilié à un parti. Les 200 élus sont répartis dans des groupes de travail, à l’image des commissions parlementaires, selon la langue.

Chaque groupe rassemble d’abord ses idées sur le sujet qu’il traite, sous l’œil de parlementaires et d’experts. Objectif: formuler une revendication à présenter au plénum. L’assemblée amende ensuite les sujets avant de voter sur les revendications à transmettre au parlement. Si l’impact de la session est limité, celle-ci a néanmoins connu de petits succès. En 2017, une demande des jeunes pour la neutralité d’internet dans la loi sur les télécommunications a été acceptée par une commission.

Les huit thèmes de la session sont définis lors d’un sondage en ligne auquel participent 1500 jeunes de 14 à 21 ans. Certaines préoccupations reflètent l’air du temps, d’autres sont plus «visionnaires»: les jeunes revendiquaient il y a dix ans déjà un financement transparent des partis.

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