L’image est assez rare pour que l’on saisisse à quel point l’enjeu est crucial: hier, Confédération, canton et Ville de Genève se sont assis à la même table. Comme trois mousquetaires unis sous la bannière socialiste, Micheline Calmy-Rey, Laurent Moutinot et Sandrine Salerno ont défendu d’une voix ferme le projet d’un quatrième camarade, Pascal Lamy, directeur de l’OMC et lui aussi membre du PS. Il s’agit de l’extension de l’Organisation mondiale du commerce sur son site actuel, le Centre William Rappard, au bord du Léman. Alors que les menaces de référendum fusent du côté de la Ville et du canton de Genève, les trois élus de gauche ont plaidé pour «un bon projet», nécessaire au rayonnement de la Genève internationale.

La voix fédérale enthousiaste

A quelques heures de son déplacement en Italie, où elle devait s’expliquer sur l’assouplissement du secret bancaire suisse, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey s’est mobilisée pour défendre la Genève internationale, et plus particulièrement l’extension de l’OMC, qui fait l’objet de contestations dans les rangs de la gauche dure et de l’Association «Action patrimoine vivant». Prévu pour 2012, «ce projet est le meilleur possible pour satisfaire les besoins de l’OMC», assure la ministre fédérale des Affaires étrangères.

Les travaux devraient se terminer en 2012. Le futur bâtiment transparent, construit sur l’actuel parking du Centre William Rappard, permettra de réunir sous un même toit les 750 collaborateurs de l’OMC qui devraient, à terme, être 1100 (LT du 20.2.09). Il est devisé à 130 millions, dont 70 à la charge de la Confédération et 60 accordés sous forme de prêt sans intérêts par la Fondation immobilière pour les organisations internationales (Fipoi).

Le plaidoyer du canton

Prochaine étape: le parlement de la Ville de Genève doit donner son préavis, qui devrait être positif. Puis, ce sera au tour du parlement cantonal de voter le déclassement de la zone de verdure du parc et de modification du plan de protection des rives du lac. Les deux procédures sont menacées de référendum.

Ministre socialiste chargé des Institutions du canton de Genève, Laurent Moutinot a démonté, un à un, les arguments des opposants au projet. L’accès au lac entravé? «C’est faux. Le périmètre de sécurité laisse aux promeneurs un passage ininterrompu de 33 mètres.» La destruction du parc Barton? «Le nouveau bâtiment sera entièrement construit sur l’emplacement de l’actuel parking.» La perspective de voir le site idyllique se muer en camp retranché? «Erronée. Il y aura une barrière de 1,80 mètre de haut, discrète et la plus intégrée possible au paysage.»

Le magistrat socialiste a mouillé sa chemise en allant jusqu’à plaider en faveur de l’action de l’OMC: «La communauté internationale a besoin de règles, et les règles ont besoin d’un cadre de discussion, qui se situe à Genève», explique-t-il.

L’implication neuve de la Ville

Désormais, même la Ville de Genève, qui a longtemps brillé par son provincialisme, «a envie de monter dans le train», se réjouit Laurent Moutinot. Membre de l’exécutif municipal, la socialiste Sandrine Salerno a en effet assuré qu’elle entendait faire tomber le mur qui sépare la population de la Genève internationale de celle qui vit dans la Genève «locale». Soucieuse de se donner les moyens d’améliorer l’action municipale dans ce domaine, la magistrate a commandé un rapport sur le sujet. «La Genève internationale apporte à la Ville une richesse financière et un métissage précieux: plus de 46% des résidents sont d’origine étrangère.» Si Sandrine Salerno concède qu’au départ «les craintes des opposants étaient justifiées», elle estime qu’au fil de la négociation, la Ville de Genève a obtenu des concessions décisives en matière d’accès au parc. «Nous avons là un bon projet, qui a obtenu l’aval de Patrimoine suisse, une organisation particulièrement attentive», affirme la magistrate.

Conférence contre le racisme

L’attitude de Genève dans le dossier OMC sera décisive en termes de signal pour toute la Genève internationale, qui rapporte à l’économie suisse 4,5 milliards de francs par an, dont la moitié versée en salaires. Micheline Calmy-Rey se dit confiante, et souligne que le rôle de la Genève internationale est appelé à se renforcer: pour répondre aux défis globaux, l’activité diplomatique va s’intensifier dans tous les domaines. «A l’heure où la crise frappe tous les pays de la planète, Genève fait preuve d’une vitalité réjouissante», estime la conseillère fédérale.

Micheline Calmy-Rey a également fait part de son sentiment positif quant à la tenue de la conférence de l’ONU contre le racisme, du 20 au 24 avril à Genève. Et ce, malgré les critiques et la décision de plusieurs pays, comme Israël et le Canada, qui n’y participeront pas. «Les sujets qui seront traités sont sérieux et délicats, et ne devraient pas faire l’objet de prise de position politique.» Mais surtout, pour la conseillère fédérale, «il est important que le nom de Genève ne soit pas associé à un échec».