Les fours crématoires, «un gros bobard qui a depuis longtemps fait long feu». Voici un exemple révélateur de la prose qu'on pouvait lire dans un bulletin édité à Châtel-Saint-Denis en juin 2003, sous le nom de l'association – normalement interdite – Vérité et Justice.

Rédacteur responsable: le révisionniste multirécidiviste René-Louis Berclaz, 54 ans. Après avoir écopé de trois mois de prison pour discrimination raciale (art. 261 bis du code pénal), il a fait opposition à l'ordonnance du juge d'instruction Michel Favre. Pour cette raison, le négationniste châtelois se retrouvait mardi une nouvelle fois devant le juge. En l'occurrence, celui du Tribunal pénal de la Veveyse, Michel Morel. Qui a confirmé la sentence.

«Je ne nie pas l'Holocauste ou l'existence des chambres à gaz. Simplement, je demande un débat historique sur ces sujets», s'est défendu l'accusé. Qui a soutenu qu'il ne pouvait pas être condamné pour les textes incriminés, puisqu'il n'en était pas l'auteur. «Vous les avez néanmoins publiés», rétorque le juge. «Je ne pouvais pas censurer, c'est interdit par la Constitution.»

En matière de révisionnisme, René-Louis Berclaz n'en est pas à son coup d'essai. Etabli à Châtel-Saint-Denis en 1993, l'homme diffuse dès 1997 des publications revisitant l'histoire dans un tel sens. En 1998, candidat à la préfecture de la Veveyse, il récolte 11 voix. La même année, il écope d'une première condamnation de quatre mois de prison avec sursis pour discrimination raciale.

Pas de quoi entraver son activisme forcené. Témoin, la fondation de l'association Vérité et Justice, basée à Châtel-Saint-Denis, dont il devient secrétaire. Présidée par l'historien révisionniste bâlois Jürgen Graf – actuellement en fuite à l'étranger –, celle-ci publie en 2000 deux ouvrages révisionnistes et antisémites, Contre-

rapport Bergier, anatomie d'une falsification de l'histoire, et Procès Amaudruz (ndlr: du nom du négationniste condamné en 2000 par la justice vaudoise).

C'est la goutte qui fait déborder le vase. Après avoir dissous Vérité et Justice, le Tribunal pénal de la Veveyse condamne René-Louis Berclaz en mai 2002 à huit mois de prison ferme pour discrimination raciale et calomnie. Avec la révocation du sursis de 1998, il écope donc de douze mois. Qui seront finalement ramenés à dix mois, après recours au Tribunal cantonal. Malgré cette sentence, le négationniste, insatiable, récidive, on l'a vu, en juin 2003. Pris en chasse par le juge d'instruction Michel Favre, il tente de se soustraire à sa peine en se réfugiant près d'un an en Serbie. Finalement, il revient de lui-même en Suisse en novembre dernier. Pour se voir infliger quatre mois de cachot en plus! En effet, révoquant un sursis octroyé en 2000, le Tribunal d'arrondissement de Lausanne vient de le condamner, début février, pour abus de confiance. Explication: René-Louis Berclaz n'avait pas remboursé comme prévu les mensualités dues à une pupille dont il était le tuteur. Au total, ce sont ainsi dix-sept mois de prison ferme que l'homme accumule désormais.

Au Tribunal pénal de la Veveyse, droit comme un «i», peu disert, voire même carrément laconique, René-Louis Berclaz semble contenter, par son attitude, la huitaine de supporters qui se sont déplacés à l'audience. «Etes-vous antisémite?» A la question du juge Michel Morel, l'ancien secrétaire de Vérité et Justice oppose un ferme: «Absolument pas!» Et quand le magistrat lui demande si, de son point de vue, les Juifs forment un peuple déicide, l'accusé esquive, affirmant qu'il s'agit là d'un dogme de l'Eglise catholique. «Dans vos publications, vous êtes plus mordant qu'ici, poursuit le juge. Vos propos n'ont guère de relief, s'élèvent au raz de la moquette. J'attendais de votre part quelque chose de plus musclé.» Réponse: «Je ne suis pas là pour jouer du théâtre.»

A la lecture du verdict, René-Louis Berclaz ne bronche pas. Condamné une nouvelle fois pour discrimination raciale, il se console peut-être en songeant qu'il ne sera pas inquiété au sujet d'un autre tract sur lequel la justice a enquêté. Distribués dans des boîtes aux lettres genevoises, celui-ci niait l'existence de l'Holocauste. Mais, malgré la mention du site internet de Vérité et Justice – qui, réfugié aux Etats-Unis, échappe à la loi helvétique –, il n'a pu être établi que le révisionniste en était l'auteur. Ce dernier a trente jours pour recourir contre la décision prise hier par le Tribunal de la Veveyse. En attendant, René-Louis Berclaz continue de purger sa peine à la prison de Crêtelongue, à Sion.