Une troisième personne est décédée en Suisse des suites de la grippe A (H1N1), jeudi matin dans le canton de Zurich. Il s’agit d’une femme séropositive de 46 ans, souffrant d’une forte insuffisance cardiaque. Une nouvelle qui tombe quelques heures après celle de la disparition d’une deuxième personne, diabétique, décédée à l’hôpital cantonal de Winterthour. Tout cela au lendemain de l’annonce de la première victime en Suisse: un nourrisson de quatre mois et demi qui souffrait de diverses malformations congénitales, mort d’une pneumonie dimanche avant même d’être arrivé à l’hôpital bâlois où on le transportait.

Cette fois, elle est donc bien là, la pandémie. Et ça change tout, dans les faits mêmes et dans la perception des dangers encourus par la population. Le pédiatre zurichois Christian Kind met en garde dans le Blick: «Les bébés en bonne santé peuvent aussi mourir.» Mais dans 24 Heures, le médecin cantonal vaudois adjoint, Eric Masserey, répond aux inquiétudes, qui dit, pour le moment, ne pas croire «à une vague de panique générale». Pour lui, «vacciner les enfants est un plus», mais seulement s’ils sont considérés comme à risque: «Sinon, ce n’est pas une nécessité absolue.» Problème: il n’est pas sur la même ligne que Thomas Zeltner, directeur de l’Office fédéral de la santé publique, qui a dit mardi à la Radio suisse romande que «tous les enfants doivent être vaccinés».

Le quotidien vaudois avertit qu’«en Suisse, ce décès ne sera pas le seul». Il n’a pas fallu longtemps pour lui donner raison. «La grippe continue à se développer à un rythme soutenu. Mais les médecins rappellent aussi que les groupes à risque ne représentent pas plus de 10 à 15% de la population». Ainsi, François-Gérard Héritier, président de la Société suisse de médecine générale, indique-t-il qu’«en termes de mortalité, nous nous attendons à nettement moins de décès qu’avec la grippe annuelle»: «Celle-ci tue plusieurs milliers de personnes. Mais ce sont surtout des personnes âgées, alors que la grippe H1N1 touche des patients plus jeunes», dit-il.

Avant même les premiers morts, les faits étaient d’ailleurs là. «Vendredi dernier, j’ai reçu une septantaine de patients et plus du tiers venaient pour la grippe A/H1N1», fait remarquer Jean-Daniel Schumacher, président de la Société fribourgeoise de médecine, dans La Liberté. Il «confirme que le téléphone n’arrête pas de sonner et y répondre occupe une assistante médicale à plein temps, de 8 h à 18 h.». Autrement dit: le retard pris par la Suisse dans le processus de vaccination risque de coûter cher.

D’ailleurs, le canton de Fribourg a pris le taureau par les cornes, en annonçant que «la campagne de vaccination s’étend désormais à toute la population du canton, écrit La Gruyère. Une hotline est ouverte pour répondre aux questions. Et aiguiller ceux qui n’auraient pas de médecin traitant, ou devraient attendre trop longtemps, vers l’un des trois centres de vaccination mis sur pied dans le canton, dont un à Bulle.»

L’Express et L’Impartial écrivent pour leur part qu’«avec le froid, la grippe pandémique A/H1N1 s’est abattue sur le canton de Neuchâtel». Dans un autre article, les deux quotidiens s’intéressent aussi aux sportifs d’élite: «Nous recommandons à tous les membres de Swiss Olympic susceptibles de se rendre aux JO de Vancouver de se faire vacciner (réd: donc Didier Cuche). Un sportif grippé aura moins de chance de se qualifier et de bien figurer aux Jeux olympiques. En cas de grippe, on doit rester deux semaines à l’arrêt. Ce n’est vraiment pas recommandé. Cette recommandation est valable pour les entraîneurs et les autres membres de l’encadrement des athlètes.» Responsable de la communication à Swiss Olympic, Christof Kaufmann est très clair. Pour l’instance faîtière du sport suisse, «il ne fait aucun doute que les sportifs doivent se prémunir contre le virus très contagieux de la grippe A/H1N1.»

«Ne vous promenez plus avec des bébés dans la foule», avertit le Tages-Anzeiger. «Actuellement, il n’existe pratiquement aucun cas de grippe saisonnière. Ainsi, la probabilité est grande que l’apparition de symptômes grippaux soit d’origine porcine. La pandémie sévit en Suisse, le nombre de cas est en augmentation.» Et de conclure qu’«il n’y a aucune raison de s’attendre à ce que la Suisse soit épargnée par la mort». Ce qui ressort aussi du gros dossier publié par la Neue Zürcher Zeitung, intitulé «Peur d’une pandémie», qui met l’accent sur la pénurie réelle de vaccins dans les cabinets médicaux. Et évoque un climat d’anxiété qui monte dans les hôpitaux, ainsi que l’indique également un autre dossier sur le sujet, dans le Corriere del Ticino.

Avec une myriade de conseils pratiques, cette abondance d’informations montre, s’il en était encore besoin, que les médias ont leur rôle à jouer dans cette affaire. Le tout étant de ne pas provoquer de panique. Mais de ne pas minimiser non plus le danger.