On peut distinguer grossièrement trois stratégies de repositionnement politique en concurrence au sein du PDC. L'obsession dominante dans les fiefs alémaniques est de ne pas perdre encore davantage de plumes face à l'UDC. Un cap bien à droite est donc souhaité sur les questions économiques, financières et sociales, couplé à une certaine circonspection en matière de politique des étrangers et sur la question européenne. Pour l'Appenzellois Arthur Loepfe, le pire que le PDC puisse faire serait de prôner «une politique du centre».

Une sensibilité plus «urbaine», où l'on trouve beaucoup de femmes, s'est développée au PDC, notamment dans les cantons réformés. Mais on trouve aussi des représentants de cette aile dans les fiefs PDC traditionnels. On y estime, à l'instar de la Zurichoise Kathy Riklin, qu'«il ne sert à rien de garder les yeux rivés sur le rétroviseur». L'électorat perdu au profit de l'UDC ne reviendra pas. Il faut viser les gens bien formés, les jeunes, les femmes, dotés d'une sensibilité sociale et d'une fibre écologique, proeuropéens et relativement ouverts sur des questions de société. Des positions relativement proches de la gauche donc mais qui se veulent exemptes d'«idolâtrie étatique».

Présents surtout en Suisse latine, les chrétiens-sociaux partagent les options politiques de centre gauche de l'aile «urbaine» en matière économique et sociale, mais se situent très à droite sur les questions de société. Pierre Kohler estime qu'en matière d'avortement, de pacs ou encore de libéralisation du cannabis, le PDC a fait le lit de l'UDC ces dix dernières années en abandonnant ses positions conservatrices «naturelles». «Le PDC a vendu son âme sur l'autel du politiquement correct par crainte de s'opposer au main stream ou par électoralisme mal calculé», diagnostique le Jurassien.

Une ligne de centre gauche mais conservatrice sur les valeurs? «Ce serait en tout cas un mix clair et original sur l'échiquier politique», analyse le politologue Iwan Rickenbacher. Une autre «niche» politique exploitable pour le PDC serait à ses yeux de se replier sur un «fédéralisme extrême». Le politologue doute en revanche que le salut se situe à droite, «terrain déjà bien quadrillé par la concurrence».