En aparté, Oskar Freysinger glisse à Christophe Darbellay: «Tu devras choisir entre Stéphane Rossini et moi». Grand vainqueur des élections, le démocrate-chrétien ne répond pas. Sixième et provisoirement éjecté du gouvernement, le ministre a le regard noir. Au soir du premier tour de scrutin, l’ambiance est tendue. Les urnes dessinent un conseil d’Etat inédit, composé de trois démocrates-chrétiens et deux socialistes. Le second tour semble plus ouvert que jamais.

Les électeurs choisiront entre deux personnalités et ceux qui ne veulent plus de lui voteront pour moi

Le duel interne qui déchirait la gauche a engendré un résultat inattendu. Stéphane Rossini se classe cinquième, avec 1300 voix de retard sur sa colistière Esther Waeber-Kalbermatten, et 2000 d’avance sur Oskar Freysinger. Les socialistes briguent deux sièges au gouvernement, «même si ça peut sembler tabou en Valais». L’ancien conseiller national défie Oskar Freysinger en duel: «Les trublions ça suffit! Les électeurs choisiront entre deux personnalités et ceux qui ne veulent plus de lui voteront pour moi.»

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Tôt ce lundi matin, les portables des cadres de tous les partis chauffaient déjà. Tous se réunissent dans la soirée pour valider la stratégie qui doit les mener vers la victoire au second tour. Les démocrates chrétiens ont placé leur trois candidats sur le podium avec plus de 15 000 voix d’avance sur tous leurs concurrents. Après leur démonstration de force, ils pourraient être tentés de choisir avec qui ils entendent gouverner. Le président Serge Métrailler dément: «Nous ne nous substituerons pas au peuple et nous ferons avec les élus que les Valaisans choisiront.»

Alliance de centre-droit

Dimanche soir, pourtant, sur le plateau de la chaîne de télévision valaisanne canal9, Christophe Darbellay semblait délivrer un message limpide. Ni tenté par l’idée de collaborer avec deux élus socialistes, ni très heureux face à la perspective de travailler avec Oskar Freysinger et l’UDC, il déplorait encore une fois «l’absence du PLR au gouvernement». Manifestement, le démocrate-chrétien invite ses électeurs à voter pour le libéral-radical Frédéric Favre. Interpellé sur la question, il ne commente pas: «J’ai déjà dit tout ce que j’avais à dire».

Le PLR et le PDC peuvent créer des majorités au gouvernement comme au parlement

Pour le jeune libéral-radical, qui vit sa première campagne, «ce n’est pas un appel du pied mais un état de fait: Le PLR et le PDC peuvent créer des majorités au gouvernement comme au parlement». Frédéric Favre se définit «centriste» et revendique une sensibilité environnementale. Il paraît miser sur cette alliance du centre-droit que beaucoup semblent occupés à tisser dans les coulisses. Elle nécessiterait néanmoins de très sérieuses collaborations: Le champion du PLR se lance au second tour avec un déficit de notoriété, et respectivement 8000 et 10 000 voix de retard sur Oskar Freysinger et Stéphane Rossini.

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Duel des extrêmes

Pendant que plusieurs démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux semblent aspirer à un gouvernement de coalition, Stéphane Rossini et Oskar Freysinger se préparent à la guerre des extrêmes. Le socialiste et le démocrate du centre ont beaucoup à y gagner. Pour élargir son électorat, le premier compte sur le vaste mouvement exprimé ce dimanche: De nombreux Valaisans souhaitent éjecter le second du gouvernement. Mais ce dernier saura mobiliser son électorat. Pour combler son retard, il ne se privera pas de marteler qu’un canton de droite ne pourrait jamais composer avec deux socialistes au Conseil d’Etat.

Derrière les trois démocrates-chrétiens, la socialiste Esther Waeber-Kalbermatten devrait pouvoir compter sur les voix du Haut-Valais pour assurer son élection. Parmi les nombreux vaincus du premier tour, d’autres candidats manifesteront peut-être leurs ambitions dans les prochaines heures. Malgré tout, Oskar Freysinger, Stéphane Rossini et Frédéric Favre se disputeront sans doute le cinquième et dernier siège en jeu. En attendant, tous scruteront attentivement les déclarations des cadres du PDC. Même sans afficher ses intentions, le parti majoritaire décidera le résultat du 19 mars prochain.

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Première valaisanne: un groupe vert au Grand Conseil

Les écologistes gagnent six sièges et présentent leur premier groupe. Globalement, les changements des rapports de force au sein du législatif restent mineurs

Pour le Parti écologiste, qui connaît des difficultés depuis les élections fédérales de 2015, le scrutin valaisan est un signal encourageant. «Nos scores sont impressionnants, même dans les régions de montagne, se félicite Jean-Pascal Fournier, président des Verts valaisans. Le large choix que nous proposions sur nos listes indépendantes, avec pas moins de 54 candidats et une grande diversité de profils, a contribué à ce succès.» Succès emblématique de la campagne verte: le val d’Hérens, où les écologistes, qui se présentaient pour la première fois, ont fait d’emblée 11,8% des voix.

Pour la prochaine législature, les deux sortants écologistes, Marylène Volpi Fournier et Thierry Largey, pourront désormais compter sur le renfort de six colistiers. Cette croissance permet aux huit Verts de former pour la première fois un groupe parlementaire. «Nous allons faire progresser nos idées et peser sur les décisions en continuant de travailler sur nos sujets phares», ajoute Jean-Pascal Fournier. La défense de la loi sur l’aménagement du territoire ou l’application de la Lex Weber vont certainement faire partie des priorités du nouveau groupe parlementaire.

«Résultant encourageant»

Les félicitations des confrères suisses n’ont pas tardé. Béatrice Métraux, conseillère d’Etat vaudoise candidate à sa propre réélection, voit dans le résultat valaisan un bon signe pour le scrutin vaudois du 30 avril prochain: «Quel résultat encourageant!» se réjouissait-elle dimanche soir sur Twitter.
Le succès des Verts fait en partie le malheur du PDC. Grands vainqueurs au premier tour pour l’exécutif, les démocrates-chrétiens perdent six sièges au parlement cantonal, passant à 55 députés. Cette perte s’explique en partie par des raisons démographiques, quatre sièges haut-valaisans étant désormais attribués aux francophones.

Sur ces sièges supplémentaires romands, seul celui de Martigny a pu être gagné par le PDC. Serge Métrailler, président du PDC du Valais romand, explique les autres pertes par la poussée des Verts dans les arrondissements de Sierre et Sion: «Notre but dans le Valais romand était de faire 33 sièges. Nous en avons fait 32. Ce n’est pas la fin du monde.»
La poussée des Verts s’inscrit dans le cadre plutôt stable du paysage politique valaisan. Globalement, après les élections de dimanche, les changements des rapports de force au sein du législatif valaisan sont mineurs.

(Marco Brunner)