Est-il envisageable d’élire un troisième conseiller fédéral romand? Cette hypothèse doit être examinée, car il est désormais tout à fait possible que le groupe parlementaire UDC décide d’inscrire Guy Parmelin ou Oskar Freysinger sur sa liste de candidatures officielles. Pour prendre sa décision, le parti prendra plusieurs critères en compte. S’il veut apporter la preuve qu’il est un parti national, il présentera un candidat romand.

L’hypothèse Norman Gobbi paraît moins vraisemblable. D’une part, le personnage est connu pour ses provocations et ses dérapages verbaux. D’autre part, l’UDC devrait expliquer, si elle le désignait candidat officiel, pourquoi elle propose d’élire au gouvernement un membre de la microscopique Lega alors qu’elle a toujours contesté la légitimité du Parti bourgeois-démocratique d’avoir une conseillère fédérale. Le présenter comme un UDC assimilé ne suffirait pas.

La désignation d’un troisième conseiller fédéral romand ne serait pas une première. L’histoire, même très récente, montre que cela a déjà été le cas, la dernière fois entre 1999 et 2006 lorsque les trois partis disposant de deux mandats en avaient chacun attribué à un(e) francophone: à Ruth Dreifuss puis Micheline Calmy-Rey pour le PS, à Pascal Couchepin pour le Parti radical et à Joseph Deiss pour le PDC.Il y avait également eu trois représentants des cantons francophones entre 1960 et 1961: il s’agissait alors du tandem radical Max Petitpierre-Paul Chaudet et du démocrate-chrétien Jean Bourgknecht. Le remplacement du Neuchâtelois Petitpierre par l’Argovien Hans Schaffner mit fin à cette courte parenthèse.

La présence tessinoise

A d’autres périodes, le Conseil fédéral a compté deux Romands et un Tessinois. Ce fut le cas de 1987 à 1999, lorsque le PDC Flavio Cotti siégeait en compagnie d’un socialiste et d’un radical romands: René Felber puis Ruth Dreifuss pour le PS, Jean-Pascal Delamuraz puis Pascal Couchepin pour les radicaux. Précédemment, la formule associant quatre Alémaniques, deux Romands et un Tessinois avait existé entre 1911 et 1913, entre 1917 et 1934, entre 1947 et 1950, entre 1955 et 1959 et entre 1970 et 1973. Cette constellation a été plus fréquente que la présence simultanée de trois Romands.

La règle dominante veut cependant que le gouvernement soit composé de cinq Alémaniques et de deux Latins. Il s’agit d’une règle non écrite, la Constitution se contentant d’indiquer que «les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral».

La plupart du temps, il y a ainsi cinq Alémaniques et deux Romands. Mais il y a eu quelques périodes durant lesquelles un seul Romand cohabitait avec un Tessinois. Ce fut le cas de 1848 à 1864, de 1913 à 1917, de 1934 à 1947, et enfin de 1967 à 1970. En 1913, les Romands perdirent leur deuxième représentant faute d’avoir su s’entendre autour d’un candidat pour succéder au radical neuchâtelois Louis Perrier, décédé. C’est le Grison romanche Felix Calonder qui hérita de son siège.

Six Alémaniques et un Romand

Un scénario identique s’était produit en 1875. Les élus romands n’avaient pas réussi à se mettre d’accord autour d’un nom. Ils perdirent leur second mandat. Jusqu’en 1881, le Conseil fédéral comprit ainsi six Alémaniques et un seul francophone, le radical neuchâtelois Numa Droz.

Dans sa biographie des cent premiers conseillers fédéraux, l’historien Urs Altermatt raconte que la mésaventure faillit se reproduire en 1881. Faute d’entente des députés romands, l’Assemblée fédérale élut un Saint-Gallois, Karl Hoffmann. Mais celui-ci refusa le poste. «Le canton de Vaud fut le théâtre de manifestations populaires qui réclamaient un conseiller fédéral romand», relève Urs Altermatt. Finalement, Louis Ruchonnet se laissa convaincre de se porter candidat et fut choisi.

Quelles sont les chances d’un Latin de se retrouver sur le ticket que présentera le groupe parlementaire UDC à l’Assemblée fédérale le 9 décembre? Comme deux Romands et un Tessinois adopté sont officiellement sortis du bois, elles ne sont pas nulles. Mais tout dépendra de la volonté du groupe parlementaire UDC d’offrir un choix réel au corps électoral. La démonstration n’en est pas encore faite.