Coup sur coup depuis fin juin, trois œuvres d'entraide opérant en Suisse se sont retrouvées sur la sellette, posant la question du contrôle des organisations à but non lucratif.

Il y a eu le scandale de l'association «Ensemble contre les mines (ECM)», dont seul 1% des fonds récoltés a été effectivement investi dans des opérations de déminage. Puis la condamnation en première instance du créateur de la Fondation des paraplégiques, Guido Zäch, à deux ans de prison ferme pour gestion déloyale. Et l'annonce, ce week-end, que l'Aide suisse aux montagnards avait perdu au cours des deux dernières années 12 millions de francs en Bourse. Chaque cas est différent, mais de nature à ébranler la confiance de la population suisse, qui fait don d'environ 1 milliard de francs par année à des œuvres diverses, la tendance étant à la baisse en 2002.

Pour Karin Meierhofer, directrice adjointe du ZEWO, Service spécialisé des institutions d'utilité publique collectant des dons, il serait faux de dramatiser la situation. «Nous observons le marché des dons depuis 70 ans. La majorité des associations fait un très bon travail», déclare-t-elle. Ces turbulences attirent en tous les cas l'attention sur le rôle de cet organisme agissant jusque-là de manière plutôt discrète, le seul toutefois en Suisse accordant un label de qualité. Seules 300 organisations, actives dans le domaine social uniquement, peuvent l'exhiber. Les associations sportives, culturelles ou en faveur de la protection des animaux sont exclues de son contrôle.

Créé en 1934, le ZEWO a été d'abord une association faîtière des œuvres d'entraide, défendant le gâteau de ses membres en coordonnant les dates de leurs collectes annuelles. Pendant longtemps, la crédibilité de ses activités de contrôle a été régulièrement remise en question. En effet, avant qu'il ne se constitue en fondation, le ZEWO était juge et partie, les œuvres d'entraide à contrôler étant également ses membres. Mais depuis 2001, le ZEWO s'est donné de nouvelles structures, renforçant son équipe et s'entourant notamment d'un conseil de spécialistes en économie d'entreprise pour délivrer son label de qualité, précise Karin Meierhofer.

Le sigle au design vieillot délivré par le ZEWO, pour utile qu'il soit, ne dit encore rien sur la bonne gouvernance, tant vantée aujourd'hui, d'une association. C'est la raison pour laquelle l'Institut pour le management des associations, de l'Université de Fribourg, a élaboré, en collaboration avec l'Association pour les systèmes de qualité et de management, une certification plus poussée pour les organisations à but non lucratif. Caritas Suisse est la première à s'y être soumise: «C'est une démarche de management qui va plus loin, cela permet de définir plus précisément notre travail, les buts de notre action et de mettre en place une évaluation», précise le responsable de la communication, André Simonazzi.

Robert Putschert, directeur de l'Institut de Fribourg, s'appuie sur le travail du ZEWO, qui représente «une certaine garantie de qualité dans la jungle de la présentation des comptes des associations». Il salue notamment le fait que le ZEWO exige à partir de la période comptable 2003 l'application des «Recommandations pour l'établissement des comptes». Elles devraient notamment permettre une plus grande transparence dans les charges administratives affectées à la collecte de fonds. Alors que «Ensemble contre les mines» constitue un exemple extrême, la quasi-totalité des versements reçus ayant servi à couvrir les frais pour obtenir ces dons, de nombreuses associations reconnues sont contraintes de dépenser toujours plus en matériel publicitaire et d'information pour maintenir leur part de gâteau dans le marché très disputé des dons. Ainsi, selon la NZZ, la Croix-Rouge suisse a investi, en 2002, 2,5 millions de francs pour des recettes en retour de 6,9 millions, la Fondation Village d'enfants Pestalozzi 2,3 millions pour 6,5 millions de francs et 5,1 millions de legs, Helvetas 2 millions pour un retour de 8,2 millions de francs.

Ne pas saupoudrer les versements

«Les consommateurs sont parfois schizophrènes, remarque Robert Putschert, ils veulent à la fois des informations complètes et présentées de manière agréable, et des frais administratifs quasiment nuls. Si j'ai une recommandation à faire, c'est de se concentrer sur une ou deux organisations, et de ne surtout pas saupoudrer les versements: cela ne produit rien, si ce n'est des coûts pour la gestion des adresses!»

La valeur du sigle ZEWO est aussi relative: la Fondation pour les paraplégiques en est privée depuis 1991, en raison du cumul des fonctions de Guido Zäch. La communauté des donateurs n'en continue pas moins à croître chaque année, et un nouveau mouvement à la hausse a été enregistré juste après le jugement du tribunal de Bâle.