La correction du Rhône à l’arrêt

Valais Le parlement doit débloquer 120 millions en urgence

C’est le chantier du siècle. Et pourtant, les travaux urgents de sécurisation du lit du Rhône ont été interrompus à Viège, faute de financement. «Ils prendront au minimum deux ans de retard», écrit Jacques Melly dans son message mardi matin au parlement valaisan. «[…] Le scénario de crue du Rhône sur ce secteur représente un risque majeur», poursuit-il. La zone comprend notamment la protection du site chimique de Lonza.

Pour éviter de nouvelles interruptions de travaux urgents de la troisième correction du Rhône pour cause de restrictions budgétaires, Jacques Melly a soumis au Grand Conseil un décret pour assurer le financement sur dix ans. Soumis à un frein à l’endettement, le Valais ne peut emprunter pour assurer ces investissements. Le conseiller d’Etat propose donc de puiser 60 millions dans le F onds pour les infrastructures du XXIe siècle , une réserve qui s’ajoutera aux 50 millions qui seront engagés sur les budgets ordinaires. Le parlement a accepté d’entrer en matière par 94 oui, 24 non et 3 abstentions, après un débat nourri.

C’est que le sujet est particulièrement sensible, le projet de correction du Rhône ayant été très contesté. «Après la crue terrible de l’an 2000, il a été décidé de modifier le projet lancé en 1993 afin d’éviter de creuser davantage le lit du fleuve» rappelle Jacques Melly. «Le Rhône coule 4 mètres au-dessus du niveau des terres. Si les digues devaient sauter, je vous laisse imaginer la vitesse folle à laquelle l’eau se déverserait dans la plaine», dit-il. Mais les communes ont proposé en 2009 une variante qui, au lieu d’élargir le lit du fleuve, proposait de le creuser davantage pour économiser des terres agricoles. «Ce projet a fait l’objet d’une expertise qui a conclu qu’il était dangereux et inapplicable», souligne Jacques Melly.

«Danger mortel»

Malgré tout, l’UDC Jérôme Desmeules estime toujours qu’il convient de creuser le Rhône. «Si le décret devait être accepté, nous déposerions un référendum», promet-il.

«Un référendum serait irresponsable, il existe un danger mortel au pied des digues», s’est insurgé Jacques Melly. Le lobby de la construction soutient, lui, le projet à travers la voix du député PDC et directeur de l’Association valaisanne des entrepreneurs (AVE), Serge Métrailler. «Nous représentons 9000 travailleurs et 500 entreprises», dit-il. «Cet investissement de 120 millions pour le canton sera augmenté de 740 millions de subventions fédérales et cela constitue une vraie politique économique anticyclique à l’heure où la construction est affaiblie», argumente-t-il. Surtout, des investissements de cette ampleur permettront au Valais d’entrer dans la catégorie des cantons qui dépensent quatre fois plus que les autres pour lutter contre les dangers naturels et de toucher ainsi davantage de subventions fédérales pour divers projets de sécurisation. Le parlement procédera à la première lecture du décret jeudi matin.