La balafre était à ce point spectaculaire sur la colline la plus exclusive du canton que Genève lui avait trouvé un surnom on ne peut plus éloquent: le «trou de Cologny». Un surnom en passe de disparaître avec son objet: désormais seule propriétaire du terrain, l’ex-femme de Dmitri Rybolovlev, Elena Rybolovleva, confirme au Temps être en train d’achever, «d’ici la fin de la semaine prochaine», les travaux de remblaiement de ce cratère de plus de 50 000m3.

Particulièrement disgracieux et visible de très loin malgré d’imposantes bâches vertes, le «trou de Cologny» restait béant depuis fin décembre 2008. Date à laquelle la demande de divorce déposée par Elena Rybolovleva devait bloquer le fastueux projet immobilier du couple. Sur l’hectare que représente ce trio de parcelles acquis à prix d’or – 24,8 millions de francs – entre 2002 et 2005, les époux voulaient bâtir une réplique du Petit Trianon, avec plusieurs étages de sous-terrain destinés à accueillir toiles de maîtres, meubles et voitures de collection. Coût du projet, incluant un pavillon pour les invités: 60 millions de francs. Mais l’ouvrage s’était arrêté au stade du terrassement.

Propriété exclusive

Au termes de près de sept ans de procédure de divorce – en première instance, en 2014, Elena Rybolovleva s’était vue attribuer plus de 4 milliards de francs ainsi que la propriété, une somme réduite à 564 millions de francs un an plus tard en deuxième instance –, les époux Rybolovlev sont parvenus à un accord à l’amiable le 20 octobre dernier, avant que le Tribunal fédéral n’ait à trancher. Si les termes de cet accord restent confidentiels, les trois parcelles colognotes sont désormais propriété exclusive de Madame, comme l’atteste le registre foncier.

Sitôt devenue propriétaire en plein, Elena Rybolovleva explique avoir voulu «régler la chose au plus vite, notamment pour des questions de voisinage». Tant le projet immobilier d’origine que le chantier bloqué avait en effet passablement échauffé les esprits à Cologny depuis 7 ans. Elle a donc pris ses dispositions et «les travaux de remblaiement sont à présent quasiment terminés», assure Elena Rybolovleva, ce que Le Temps a pu constater sur place. «Dès que le remblaiement sera terminé, nous le couvrirons d’une couche végétale», ajoute-t-elle.

Terre de Cologny

«Il était important pour moi de respecter toutes les normes et de faire les choses correctement, poursuit-elle. La terre utilisée vient en grande partie de Cologny et nous avons fait des démarches auprès du Service de géologie, sols et déchets (Gesdec) pour nous assurer que sa qualité soit conforme aux caractéristiques naturelles du terrain.»

Le directeur du Gesdec, Jacques Martelain, confirme que ses services ont été contactés par l’entreprise en charge du chantier. «Nous lui avons dit qu’il fallait qu’elle s’assure de la qualité des matériaux. C’est à l’entreprise de faire les analyses. Nous n’avons pas eu de retour, nous partons donc de l’idée que les matériaux sont conformes.»

Les chantiers étant nombreux à Genève - à plus forte raison depuis le percement des tunnels du CEVA –, les décharges demandent environ 30 francs le mètre-cube pour accueillir des matériaux d’excavation non pollués. «Un particulier qui doit faire remblayer un terrain peut donc le valoriser et demander environ 30 francs par mètre-cube», estime Jacques Martelain. Elena Rybolovleva aurait donc pu encaisser une jolie somme brute pour faire baisser la facture finale de son opération de remblaiement. «Ce n’est pas le cas, assure-t-elle, je ne connaissais pas cet aspect des choses et je n’ai pas été payée pour la terre.»

Reste une question: qu’adviendra-t-il du terrain une fois le trou comblé et végétalisé? «Il est trop tôt pour le dire», répond Elena Rybolovleva.