C'est aujourd'hui qu'échoit le délai pour les créanciers de Loèche-les-Bains, qui doivent dire s'ils acceptent ou non le plan d'assainissement présenté par Pier Felice Barchi, Andreas Coradi et Hans-Caspar Nabholz. Les trois commissaires nommés par l'Etat du Valais proposent un abandon de 80% des créances, soit 144 millions sur les 181 dus par la seule commune. Au total, les dettes de Loèche – bourgeoisie et sociétés privées comprises – dépassent 350 millions de francs.

Secret bancaire oblige, les gros prêteurs que sont l'UBS et le Credit Suisse réservent leur réponse aux «organes compétents». En revanche, le refus indigné de la Centrale d'émission des communes suisses (CCS) ne fait aucun doute. Engagée à hauteur de 41 millions dans les investissements pharaoniques de Loèche, la CCS mène depuis plusieurs semaines une guerre ouverte contre le canton du Valais à qui elle reproche «d'avoir causé des dommages effrayants par son comportement», dit son porte-parole Beat H. Koenig, qui promet à l'exécutif valaisan et à son inspection des finances: «Nous nous retrouverons devant les tribunaux!»

Il faut dire que la CCS joue son propre avenir dans la débâcle de la station thermale – la première crise qu'elle affronte depuis sa création en 1971. Les petites communes peinaient alors à se financer auprès des banques; ainsi germa l'idée de fonder une coopérative regroupant par tranches (de 120 millions de francs en général) les demandes d'emprunts de ses adhérents pour obtenir des conditions favorables sur le marché obligataire.

Si le système a longtemps donné satisfaction, l'ampleur des pertes affichées à Loèche révèle deux faiblesses structurelles de la CCS. Premièrement, ses contrôles internes ne sont plus adaptés à l'ampleur des engagements qu'elle gère: la coopérative emploie une dizaine de personnes alors que le volume des prêts consentis à un millier de communes ascende à 4 milliards de francs. A Loèche en 1996, elle reprenait encore à son compte une créance de la SBS valant 6 millions, «alors que l'endettement était déjà de 86 000 francs par habitant», relève Christian Melly, chef de l'Inspectorat valaisan des finances.

Coussin de sécurité trop mince

«Un créancier a l'obligation de contrôler la qualité du débiteur» rappelle le conseiller aux Etats Edouard Delalay, qui prépare un livre consacré à la «haute surveillance» des communes. Cette terminologie pompeuse trompe, en Valais en tout cas, car le canton n'effectue pas un contrôle serré de la gestion des communes, très jalouses de leur autonomie. Quant aux réviseurs locaux, «ils sont souvent trop proches de l'exécutif», ajoute Edouard Delalay, qui y voit «le révélateur d'un système mal conçu». Un système sur lequel semble pourtant s'être appuyée la CCS, comme l'admet à demi-mot Beat H. Koenig: «Nous ne sommes pas une banque, nous sommes obligés de faire confiance aux comptes qui nous sont présentés.»

L'autre faiblesse de la CCS est la minceur de son coussin de sécurité en cas de coup dur: moins d'un million officiellement, 5 à 8 en y ajoutant les réserves latentes. La centrale fonctionne sur le principe de solidarité entre adhérents réunis dans la même tranche d'emprunts. Dans le cas de Loèche, 11 communes vaudoises, deux genevoises et La Chaux-de-Fonds sont notamment concernées. Chef des finances de cette dernière, Daniel Vogel résume le risque encouru par la CCS: «Si le scénario du pire se réalise par l'abandon de 80% des créances, nous tiendrons notre engagement, mais à l'avenir, il est probable que nous ne travaillerons plus avec la centrale d'émission.»

Comme beaucoup d'autres, Daniel Vogel est convaincu que le plan d'assainissement présenté est peu transparent et «inacceptable». Et de poser LA question: «On nous demande d'éponger les dettes, mais que fait-on des actifs de Loèche répartis entre la bourgeoisie et différentes sociétés anonymes?» Contrairement à d'autres en revanche, il ne se contente pas de gémir et, comme conseiller national, vient de déposer une motion suggérant au Conseil fédéral de créer «un organisme neutre et indépendant qui pourrait fonctionner comme observatoire de la situation financière et juridique des communes suisses».

En attendant, la CCS elle-même bénéficie encore d'une flatteuse cotation «triple A» accordée par le Credit Suisse et la Banque Cantonale de Zurich. Mais de source bancaire, on déclare que «les perspectives sont négatives» pour cette note. «La centrale devra réfléchir à une réforme de ses structures, ajoute-t-on dans un autre établissement, sans quoi elle perdra les bons débiteurs pour ne garder plus que les mauvais.» A terme, cela pourrait entraîner sa disparition pure et simple.

Beat H. Koenig affirme que cette réflexion est déjà entamée. La CCS bénéficie pour l'instant du soutien de l'Association des communes suisses, précise son secrétaire Sigisbert Lutz, qui demande aussi des réformes, par exemple la création d'un fonds de garantie au niveau cantonal.