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Le 3 janvier 2013, au lendemain de la tuerie, la police valaisanne enquête autour de la maison du tueur.
© Keystone / Laurent Gillieron

Valais

Le tueur de Daillon enfin devant ses juges

Lundi s’ouvre à Sion le procès attendu de Florian B. qui, le 2 janvier 2013, pris dans un délire schizophrène, a abattu trois femmes. La question de son irresponsabilité sera au cœur des débats

En Valais, personne n’a oublié cette terrible soirée du 2 janvier 2013. Le paisible hameau de Daillon, sur les hauteurs de Conthey, va alors sombrer dans l’horreur. La faute à Florian B., 33 ans, un enfant du coin, marginal, schizophrène, qui, pris d’une folie meurtrière, va descendre les ruelles du lieu ouvrant le feu sur toutes les personnes qu’il croisera. Totalement ivre, il en veut à la terre entière, persuadé qu’il a été kidnappé à sa naissance, puis persécuté par sa «fausse» famille. Le bilan est effroyable: trois morts – trois femmes – et deux blessés.

Audience à huis clos partiel

Cinq ans après la tuerie, Florian B. comparaît lundi à Sion pour assassinat et tentative d’assassinat lors d’une audience à huis clos partiel (le public ne sera pas admis). Les juges devront principalement décider s’ils suivent le Ministère public, qui a précédemment demandé au tribunal de prononcer une mesure (internement ou traitement institutionnel) au vu de l’irresponsabilité manifeste du prévenu. Deux expertises psychiatriques ont en effet constaté d’importants troubles de schizophrénie paranoïde, caractérisés «par un délire de filiation envahissant tout le champ de sa pensée».

Le tribunal pourra également juger Florian B. en partie responsable de ses actes et, dans ce cas, renverra le dossier à la procédure ordinaire. L’audience promet d’être très émotionnelle. «Les victimes espèrent que celle-ci permettra enfin d’arriver à un épilogue dans une affaire difficile qui n’a que trop duré», note Jean-Luc Addor, avocat de deux victimes.

Lire aussi: Daillon, itinéraire d’un forcené

Pour comprendre le traumatisme, il faut rappeler l’extrême sauvagerie de cette tuerie. Ce 2 janvier 2013, Florian B. passe la journée à boire dans différents bistrots de la région (les analyses établiront son taux d’alcoolémie entre 1,75 et 2,49 pour mille). A 20h45, selon ses propres termes, il «craque psychologiquement». Il veut s’en prendre à son «faux» oncle qui vit dans le hameau, qu’il blessera à l’épaule. Le point de départ d’une dérive sanglante, où il tirera à une trentaine de reprises en tout.

Saoul et vociférant

Saoul et vociférant, Florian B. ouvre le feu sur Chantal J., une artiste peintre de 54 ans, avant de lui écraser le visage à coups de crosse de fusil de chasse. Il tire ensuite au mousqueton sur un jeune couple, Marc et Emilie M. Lui est grièvement blessé au bassin et à la cuisse. Touchée par au moins quatre projectiles, Emilie M. ne survivra pas; elle était la maman d’un petit garçon de 2 ans et d’une petite fille de 6 mois. Le forcené abat encore Lia A., une grand-maman attentionnée de 79 ans, de deux balles, dans la tête et le cou. Lorsque les policiers arrivent sur les lieux, le forcené leur fait face, va à leur rencontre, les menaçant de ses armes. Il est neutralisé à 21h30 par les hommes du groupe d’intervention.

La dérive d’un bon garçon

Le Valais découvre alors avec effarement la dérive de ce bon garçon, poli et amateur de nature, membre du ski-club, dessinateur en génie civil de formation et capitaine à l’armée. Une descente aux enfers où se mêlent schizophrénie, burn-out, consommation de cannabis, abus d’alcool, séjour à l’Hôpital psychiatrique de Malévoz en 2005, qui aboutiront quatre ans plus tard à une mise sous tutelle.

Incapable de travailler, au bénéfice d’une rente AI, l’homme se réfugiera dans la solitude, s’adonnant à de longues balades dans la montagne. Il apparaît à ses voisins comme inoffensif. Il est en fait devenu une bombe à retardement, ayant amassé chez lui un impressionnant stock d’armes et de munitions. Un arsenal ahurissant, comprenant poignards, sabres japonais, haches, pistolets, fusils, jusqu’à un lance-roquettes Panzerfaust.

«Voleurs d’enfant»

Au milieu de toutes ses armes, les enquêteurs trouveront une photo de mariage de ses parents lacérée de coups de couteau et portant l’inscription «voleurs d’enfant»… Pour Audrey Wilson-Moret, l’avocate de Florian B., aujourd’hui incarcéré à Gorgier dans le canton de Neuchâtel, il ne fait aucun doute que son client est totalement irresponsable de ses actes: «Il ne comprend pas les enjeux de ce procès, ni ne réalise ce qu’il a commis. Il est dans un déni total, un déni déjà de sa propre maladie.» Avocat de la partie adverse, Jean-Luc Addor se demande néanmoins jusqu’à quel point Florian B. est irresponsable et si ses troubles ne font pas partie d’une certaine stratégie de défense. La justice valaisanne tranchera.

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