Pourquoi Viktor B. a-t-il tué trois de ses collègues de la scierie Kronospan de Menznau (LU) la semaine dernière? Une explication émerge ce dimanche dans la presse alémanique: l’homme se sentait traité de façon injuste par son employeur, a affirmé son père, qui réside au Kosovo, au journal Der Sonntag. Il avait été mis au repos forcé du 7 au 28 février, d’un commun accord avec l’entreprise, affirme celle-ci, et avait été averti plusieurs fois, par oral et par écrit, en 2009 et 2010, en raison de la qualité insuffisante de son travail, de sa lenteur et de ses approximations. Le même journal évoque aussi une ambiance tendue chez Kronospan, une usine où les syndicats ne sont pas les bienvenus et où il n’existe pas de convention collective de travail.

Le SonntagsBlick revient lui, et de façon très détaillée, sur les circonstances de la tuerie et de la mort du tireur. Ce sont deux collègues, qui se trouvaient dans la zone fumeur de la cafétéria au moment du carnage, qui auraient abattu Viktor B., le premier en le frappant avec une chaise, le second en s’emparant de son arme, qui était tombée à terre, et en lui tirant une balle dans la tête. Le journal dominical n’a pas de confirmation officielle de ces faits, mais cite «plusieurs témoins» présents lors de la tuerie. Il note aussi que l’un des deux employés concernés a pris un avocat, ce qui ne serait pas nécessaire si la mort de Viktor B. était un suicide.

D’autres sujets se ménagent une place en dehors de cette actualité macabre. Principal scoop du jour, à nouveau dans Der Sonntag: Economiesuisse a, l’automne dernier, commandé un sondage secret à l’institut GFS sur l’adjonction de la Croatie aux autres pays de l’UE qui jouissent déjà de la libre-circulation des travailleurs avec la Suisse. Son résultat serait négatif: 50% de «non» et 44% seulement de «oui». En cas de référendum – quasi certain une fois que la Croatie aura adhéré à l’UE, le 1er juillet prochain – un «non» mettrait en péril l’ensemble des accords économiques entre la Suisse et l’UE, car celle-ci n’acceptera pas que la seule Croatie soit exclue de la libre-circulation. Economiesuisse et l’Union patronale ont donc lancé une campagne de sensibilisation pour convaincre les Suisses des bienfaits de la libre-circulation, garante selon eux de la croissance économique suisse.

La NZZ am Sonntag dévoile quant à elle un étonnant projet de train électrique souterrain automatisé qui permettrait de transporter des marchandises silencieusement, sans pollution ni bouchon, entre Berne et Zurich – voire un jour dans toute la Suisse. Issu de l’économie privée, ce projet baptisé (en français dans le texte) «Cargo sous terrain» est devisé, pour un premier tronçon de 50 kilomètres entre Härkingen (SO) et Buchs (AG), entre 1,4 et 2 milliards de francs, qui seraient fournis en majeure partie par des entreprises. Une étude détaillée sera présentée d’ici la fin de l’année. Selon ses promoteurs, parmi lesquels on trouve Manor et la société Cargotube, responsable de sa conception, le projet permettrait d’échapper aux bouchons qui risquent que s’aggraver sur les autoroutes suisses et de prévenir l’engorgement du transport de marchandises par le rail.

Enfin, côté romand, cette histoire édifiante sur la spéculation immobilière à Genève. Selon le Matin Dimanche, les habitants de plusieurs immeubles cossus de Champel se sont vus offrir 400 000 à 500 000 francs pour libérer leurs appartements et permettre leur revente par la société Heron Champel SA. Celle-ci a racheté en 2010 les trois immeubles concernés pour quelque 35 millions de francs, avant de revendre leurs appartements à prix d’or – jusqu’à plus de 6 millions de francs pour un seul logement –, dégageant ainsi un profit final évalué à plus de 100 millions de francs. Habitant d’un des appartements concernés, un ancien maire de Genève, Pierre Muller, défendu par un autre ancien maire et avocat, Christian Ferrazino, ont obtenu le 7 février l’annulation de la résiliation du bail, que le Tribunal des baux et loyers a jugé «spéculative».