«En six ans en Europe, 224 personnes sont mortes à la suite d'incendies dans des tunnels. Cause majeure: l'asphyxie.» Ingénieur belge marié à une Jurassienne et établi à Courgenay, William van Sprolant a une solution: équiper les tunnels d'une GEPE, abréviation de «galerie d'évacuation pare-fumée escamotable». Le principe: le tunnel est équipé d'une installation repliée et accrochée à la paroi latérale, qui se déploie en cas d'incendie en un couloir d'air frais de 2 m de haut et 80 cm de large. Accessible en tous endroits, la galerie est protégée par un toit amovible et un rideau de bandes verticales en aluminium. Elle utilise la ventilation longitudinale pour assurer une surpression qui évacue la fumée et l'empêche d'entrer.

Temps de survie: 11 secondes

«Paniquées dans une fumée où le temps de survie n'excède pas onze secondes, les victimes ne parviennent souvent pas à atteindre les issues de secours, distantes de 100 à 150 mètres», reprend William van Sprolant. Qui préconise une galerie où l'air est respirable à quelques pas.

Mardi à Porrentruy, dans un tunnel en construction de la Transjurane, l'ingénieur a montré que le système fonctionne. Une expérience à 100 000 francs, que le Jura a financée à raison d'un tiers. «Avant mon arrivée au gouvernement, les projets de William van Sprolant étaient victimes de résistances, explique le ministre de l'Equipement, Laurent Schaffter. Le système convainc. On est loin d'une invention d'amateur.»

En plus du gouvernement au complet, la démonstration a été suivie par une quarantaine de spécialistes suisses et européens de la sécurité en tunnels routiers et ferroviaires. «Ça semble efficace, commente Bruno Brousse, du Centre d'étude des tunnels de Lyon. Le principe est original: il est très osé de prévoir une galerie protégée à l'intérieur du tunnel.» Intéressé, il se garde bien d'émettre un jugement de valeur, tout comme Eddy Verbesselt, responsable des études de sécurité sur le projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin: «Je suis agréablement surpris. Le système est bon. Reste à voir comment il se développe et quelle est sa fiabilité.»

Et si le Jura équipait ses propres tunnels autoroutiers de GEPE, pour montrer la voie? «C'est financièrement impossible, coupe Laurent Schaffter. Une telle décision appartient à la Confédération et à l'Office fédéral des routes. Qu'il s'agit de convaincre.» William van Sprolant s'est gardé de parler spontanément du coût de son système. «Avant toute phase commerciale, il faut valider le programme. Et réussir à l'intégrer au concept Uptun, débattu ces jours à Manchester, un programme de remise à niveau de la sécurité des tunnels européens.» L'ingénieur articule le coût de «1000 à 2000 euros le mètre», soit 2 à 3% du coût de réalisation d'un tunnel.