Les risques de conflit augmentent quand les requérants d’asile sont sous-occupés: l’Office fédéral des migrations (ODM) est bien conscient du problème. «Nous voulons éviter que des requérants traînent en groupe dans l’espace public sans rien faire, car cela peut gêner la population», admet le porte-parole, Joachim Gross. Sans oublier les tentations de s’adonner à la petite criminalité. Dès leur arrivée en Suisse dans un des cinq centres d’enregistrement gérés par la Confédération, les migrants peuvent participer à de petites activités. Mais il y a aussi les «TUP», ces fameux travaux d’utilité publique, organisés avec les communes. A Chiasso, le système existe depuis 2003. Et depuis 2007 à Vallorbe.

Ce type de programme se poursuit quand les requérants sont affectés aux cantons. Il a un triple but: les occuper, lutter contre les effets du désœuvrement et favoriser une image positive auprès de la population, souvent en proie à certaines craintes. Vaud en sait quelque chose: l’EVAM (Etablissement vaudois d’accueil des migrants) y recourt depuis 2003.

Dernier exemple en date: quatre requérants de l’abri PC d’Orbe travaillent depuis le 16 avril avec le groupement forestier du Triage du Suchet. Ils nettoient des pâturages en brûlant des restes de coupes. En février, c’était trois requérants de l’abri PC de Gland qui enfilaient leurs bottes pour assainir trois ruisseaux de Commugny. A chaque fois, l’EVAM s’empresse d’en informer les médias par communiqué.

L’établissement a signé une convention de collaboration annuelle avec Moudon en 2006, une autre avec Payerne en 2009, et ce partenariat s’est particulièrement développé en 2011, «en parallèle à la hausse importante des arrivées, l’ouverture d’abris PC, l’effort de communication et le constat qu’un requérant inactif a un coût élevé en termes d’image, de frais médicaux et d’encadrement», précise Evi Kassimidis, porte-parole de l’EVAM. L’EVAM collabore aussi depuis 2004 avec Lausanne Roule, pour le prêt de vélos, et le programme Bus-Net, qui assure un nettoyage sommaire des quais du M1 et dans certains bus.

Influence positive

Rien qu’en 2011, 16 programmes de TUP ont été organisés dans le canton de Vaud. 139 personnes en ont bénéficié. Depuis peu, tous les requérants peuvent y avoir recours. Même les déboutés présents depuis plus de trois ans en Suisse. «Pour les participants, le fait d’exercer une activité en plein air a une influence positive sur leur santé, leur sommeil et leur comportement au sein des lieux d’hébergement», souligne Evi Kassimidis.

Quelques craintes

«Il y a eu quelques craintes de la part de certains au départ, mais elles se sont évaporées», commente Fanny Naville. Conseillère communale socialiste à Orbe et secrétaire du Triage du Suchet, c’est elle qui a proposé de recourir à quatre requérants pour nettoyer des pâturages. Romain Nicole, garde forestier adjoint, embraye: «Quand nous avons demandé à nos bûcherons qui était d’accord de les encadrer, seuls deux se sont portés volontaires. Mais l’expérience avec ces quatre Africains, qui ont dû subir de mauvaises conditions météorologiques, s’est avérée positive. Je serais prêt à la reconduire.» Il glisse encore: «Bien sûr, ils n’ont pas le même rendement que nos ouvriers. Mais ça, on s’y attendait.»