Genève internationale

La Turquie demande le retrait d’une photographie critique contre Ankara

Le consulat turc a interpellé la Ville de Genève afin de lui demander de retirer un cliché exposé sur la place des Nations. Il représente le visage d’un adolescent mortellement blessé lors d’une manifestation anti-gouvernementale

Tout porte à croire que le cliché réalisé par le photographe genevois d’origine kurde et arménienne, Demir Sönmez, n’est pas du goût des autorités turques. Son consulat a interpellé la Ville de Genève, révèle Le Courrier, pour demander son retrait de l’exposition de la place des Nations. L’image honnie représente le visage dessiné d’un adolescent mortellement blessé, le 16 juin 2013, par une grenade lacrymogène tirée par un policier lors d’une manifestation contre le régime d’Ankara. Elle est accompagnée d’une légende: «Je m’appelle Berkin Elvan, la police m’a tué sur l’ordre du premier ministre turc.»

Par la voix de sa maire, la conseillère administrative écologiste Esther Alder, la municipalité indique qu’elle décidera mardi de la position à adopter vis-à-vis de cette requête. D’ici là, la photographie ne sera pas retirée, promet-elle. Mais le tumultueux magistrat d’Ensemble à gauche, Rémy Pagani, estime d’ores et déjà qu’il serait «aberrant» de «censurer» le cliché, invoquant la liberté d’expression. Cette même liberté que défend autant l’auteur de l’exposition que le conseiller national Carlo Sommaruga (PS) dans les colonnes du quotidien. Ce dernier s’étonne de «l’ingérence d’un Etat tiers dans les affaires internes de la Ville de Genève» et dit craindre que l’exécutif ne cède par peur de créer un incident diplomatique.

Quand Ankara faisait pression pour éloigner un mémorial commémorant le génocide arménien

Même son collègue de Commission de politique extérieure du Conseil national Yves Nidegger (UDC) – pourtant défenseur de la Fédération des associations turques de Suisse romande dans l’affaire «Dogu Perinçek» – estime que si la place des Nations ne peut plus accueillir de protestations pour la défense des droits humains, alors elle ne sert «à rien».

Ce n’est pas la première fois que le régime d’Ankara s’immisce dans des affaires genevoises. La construction d’un monument commémorant le génocide arménien, au cœur de la Genève internationale, avait généré des pressions diplomatiques turques et l’intervention du conseiller fédéral chargé des Affaires étrangères, Didier Burkhalter. Dans un courrier adressé à l’exécutif cantonal, le président de la Confédération de l’époque voyait dans ce monument une source inutile de tensions entre autorités turques et arméniennes. Le libéral-radical avait recommandé à l’exécutif cantonal de refuser «d’octroyer l’autorisation de construire à l’emplacement envisagé» pour «préserver un environnement impartial et paisible».


Pour aller plus loin:

Publicité